Introduction générale : Qu’est-ce que l’histoire des idées politiques ?
Les idées
politiques reposent sur les représentations que chacun se fait de la politique,
qu’il s’agisse de la constitution de la société politique, de la manière selon
laquelle elle devrait être organisée, de l’organisation du pouvoir, et des
conditions de son exercice
L’histoire des
idées politiques étudie l’ensemble des connaissances relatives à la légitimité
et aux fins du pouvoir. Elle s’intéresse aux savoirs très divers traitant du
gouvernement, du bien commun, de la justice et de la paix. Elle interroge
également les conceptions philosophiques, doctrinales ou idéologiques à partir
desquelles sont déterminées les fonctions et les responsabilités de ceux qui
gouvernent.
En effet, la
définition de la pensée politique ne peut être séparée de celle de la politique.
Aristote est le premier qui a défini le politique par l’Etat. Cette définition
est la plus ancienne et la plus simple selon A. Menouni, parce qu’elle
représente l’avantage d’être précise et également centrée sur ce qui constitue
l’essence de l’activité politique.
L’histoire des
idées est en même temps l’histoire sociale du politique qui s’organise autour
de rationalités politiques, de cadres cognitifs et de systèmes de valeurs qui
donnent une intelligibilité au monde social en permettant aux acteurs sociaux
d’intervenir dans la société.
Les idées ou
pensées politiques ne sont pas indissociables des intentions particulières des
auteurs qui les utilisent pour penser la société dans un contexte discursif.
C’est ainsi que la réflexion savante n’est donc pas seulement une production
subjective. Elle doit être conçue comme une pratique sociale s’inscrivant dans
un environnement linguistique et historique particulier. Cela veut dire que les
concepts n’existent qu’en rapport avec les représentations
dominantes et
les perceptions des enjeux au contexte social et intellectuel dans lequel ils
sont mobilisés.
Les idées
politiques sont de formidables révélateurs d’un état de la société à un moment
donné.
Les idées
politiques dépendent des théories ou doctrines qui déterminent les sources de
notre réflexion. Le terme « doctrine » sera entendu, dans un sens exclusif,
comme celui de l’ensemble de dogmes/principes religieux ou philosophiques qui
dirigent l’Homme dans l’interprétation des faits et dans la direction de sa
conduite.
L’adjectif
‘’politique’’ issu du mot grec ‘’polis’’ signifie ‘’ cité’. Il se rapporte aux
choses de la cité. En revanche politica désigne chez Aristote « tout ce qui
concerne la polis, qui représente l’organisme naturel dans lequel l’homme peut
mesurer sa vie heureuse’.
o Qu’est-ce que la ‘’polis’’ ?
C’est une
organisation politique et sociale structurée par des normes et lois élaborées
par la réflexion et la sagesse des hommes orientés vers le bien commun. Le
miracle grec s’inscrit dans cette évolution.
La cité grecque
est : la ‘’polis’’, c'est-à-dire une communauté d’animaux politiques réunis par
un choix de vie commune.
Pour A. Menouni,
la cité est aussi un territoire formé d’une grande ville et de la campagne environnante. C’est donc
un cadre géographique réduit dont l’exemple nous est donné par Athènes, Sparte
ou Thèbes. Historiquement, elle se
présente comme le produit d’une longue évolution qui a fait émerger une forme
d’Etat dont la caractéristique la plus importante est d’être parvenue à créer entre les éléments qui la
composent des liens étroits qui s’expriment
notamment par un patriotisme civique. Ce civisme s’est
reflété dans la pensée politique par l’emprise de la cité et par le primat du
politique.
Ainsi, la ‘’polis’’ est comprise comme une communauté
d’ayants droit, libres et autonomes. Elle signifie :
o
une entité
politique
o
le cadre de
l’émergence du politique
La cité grecque
a été considérée par H. Arendt philosophe allemande comme le seul lieu où le
terme ‘’politique’’ avait vraiment un sens.
Il importe de
souligner à cet égard que la pensée grecque a une visée normative car elle
cherche les principes sur la base desquelles la société devrait être
structurée. La volonté des individus de se placer sous une loi commune
constitue le critère fondamental de définition de la ‘’polis’’. Ce qui explique
pourquoi la cité (polis) devient la source fondamentale du droit et de la
morale.
La raison
grecque est la fille de la polis qui
a entrainé une historicité nouvelle selon le philosophe Husserl.
L’histoire
politique classique ne peut être envisagée indépendamment de l’histoire de la
constitution de la cité (polis). Cette dernière a ouvert définitivement un
horizon de rationalités. D’autant que les discussions, les débats qui ont caractérisé la société grecque favorisent
l’accumulation de savoirs. La pensée
grecque est loin de cloisonner les disciplines. En d’autres termes, elle mêle
les sciences, la religion et la politique.
o L’espace public grec
Agir dans le
domaine public donne à l’homme agissant la possibilité de passer à
l’immortalité. L’espace public grec se caractérise par la prévalence de la
parole comme instrument de pouvoir. Ce qui nous renvoie ici à l’agora comme
espace d’argumentation contradictoire entre des citoyens égaux.
Selon Olivier
Nay, la philosophie grecque a inventé de nombreuses notions politiques qui nous
semblent aujourd’hui commune : l’égalité, la citoyenneté, la liberté, le droit,
la loi, la participation politique. Le premier trait constitutif de la vie
politique grecque est l’importance donnée à l’argumentation et au
débat dans la conduite des affaires publiques. Ainsi, la parole devient
l’outil par lequel il est possible de discuter et démontrer la justesse d’une
idée. Il en résulte que la politique devient un « art » fondé sur la
confrontation libre des arguments et la force du raisonnement.
En effet, la
cité démocratique grecque procède de la parole. Ses caractéristiques les plus
essentielles sont : l’instauration d’un corps social composé d’égaux et la
constitution d’un espace profondément horizontal.
La parole, le
débat et le dialogue constituent à
cet égard des mécanismes politiques et sociaux de la démocratie grecque. Et l’agora en constitue le lieu ainsi
que le symbole qui incarne les valeurs fondamentales de cette démocratie.
L’agora est déterminé par des pierres sur lesquelles est inscrit : « je suis la
frontière de l’Agora ». Les citoyens
se réunissent sur l’agora une fois par an afin d’évaluer le travail des
magistrats et punir ceux qui
abuseraient de leur pouvoir.
En accordant un
rôle essentiel à la parole et au
débat, les Grecs ne font pas que recourir à une nouvelle technique de
gouvernement. Ils mettent la société en discussion.
Celle-ci devient l’objet d’une réflexion commune. Pour Olivier Nay, avec
l’émergence de la cité, c’est donc la conception même de la vie sociale qui a
évolué : la communauté s’incarne dans un projet commun établi par la raison.
Cependant, l’espace
public grec, qui est un espace de liberté, excluait d’emblée les deux premiers
types d’activités : travail libre (commerçant ou artisan) ou travail par violence (esclave). La liberté est ainsi définie comme la libération de l’homme de toute nécessité imposée par son humanité.
Force est de
rappeler que la société grecque est une société de classe fortement
hiérarchisée où l’esclavage joue un rôle considérable. Dans la cité athénienne,
pour chaque citoyen libre, on comptait au moins 18 esclaves.
Il convient de
noter également que les auteurs grecs ont considéré l’esclavage comme un
phénomène naturel et devrait être
justifié. Ainsi, Aristote avait affirmé qu’ « esclaves et animaux domestiques nous apportent l’aide de leurs corps pour
les besoins indispensables ». Aristote estime que l’esclave est comme une sorte
de propriété et que tout homme au
service d’autrui est comme un instrument.
·
La démocratie athénienne
Pour A. Menouni,
le régime démocratique qui triomphait à Athènes, succéda à la monarchie et à l’aristocratie. Il se
présentait historiquement comme l’aboutissement de violentes luttes sociales et politiques qui ont opposé les petits
paysans endettés et contraints de
travailler sur leur propres terres comme fermiers, aux grands propriétaires
fonciers qui ont accaparé les meilleurs terres.
Ces éléments ont
contribué au recul de l’idéal aristocratique. Il s’ensuit que la croyance dans
les valeurs héritées de l’ancien régime s’est dévaluée au profit d’une
conception de la cité fondée sur la démocratie. Celle-ci vise la réalisation
d’un gouvernement juste.
Le mot
démocratie vient de deux mots grecs : démos (le peuple) et kratos (le pouvoir).
Pour Hérodote (historien grec 470-315 avant J.C) « l’Etat démocratique doit
s’appliquer à servir le plus grand nombre : procurer l’égalité de tous devant
la loi, faire découler la liberté des citoyens
de la liberté publique ».
Quant à
Périclès, la démocratie est un type nouveau de société qui assure la
prépondérance politique du peuple, mais surtout la liberté individuelle (,) et
la promotion de la raison.
Périclès, qui
fût un stratège (une sorte de Premier ministre), a consolidé les institutions
démocratiques de la cité athénienne en facilitant l’accès de tous les citoyens
aux responsabilités politiques. Pour encourager les citoyens les plus pauvres à
participer à la vie politique, Périclès a créé une indemnité.
Pour Périclès,
l’égalité devrait être promue au rang
des valeurs fondatrices de la démocratie athénienne. Parce que cette valeur
(égalité) constitue un obstacle à un éventuel retour au régime oligarchique. Le
principe d’égalité a une portée historique, concret, en relation avec les
luttes sociales qui ont donné naissance au régime démocratique. L’égalité
autant que la liberté sont politiques dans la mesure où c’est « le mérite bien
plus que la classe qui fraye la voie aux
honneurs publics. Nul, s’il est capable de servir la cité, n’en est
empêché par la pauvreté » selon Périclès.
Olivier Nay voit
que la naissance de la démocratie athénienne allait donner naissance à un
nouvel horizon moral de la vie politique, en la fondant sur les valeurs de
liberté et d’égalité, sur la recherche plus générale de la justice. Elle
constitue un point de référence essentielle dans la constitution de la
démocratie moderne.
La mise en place
de ce modèle démocratique athénien n’était possible sans la contribution
majeure des stratèges (Premier ministre) qui ont succédé au pouvoir. Ils ont adopté une série de
mesures réformatrices qui était à l’origine de la démocratie athénienne.
Parmi les grandes réformes qui
ont institué la démocratie dans la Grèce :
·
les réformes de Dracon : le
droit est désormais écrit et donc
connaissable par tous ceux qui ont appris à lire. Ces réformes ont permis aux
citoyens de former des recours auprès de l’Aréopage (institution politique qui
veille au respect de la constitution) à l’encontre des magistrats.
·
les réformes de Clisthène
qui a institué la communauté politique sur la base d’une nouvelle
redistribution territoriale. Les anciennes structures politiques fondées sur la
richesse et les groupes familiaux furent remplacées par un système de
répartition territoriale. Un citoyen athénien ne se définit désormais que par
son appartenance à un dème, c'est-à-dire une division administrative de la Grèce moderne. En s’appuyant sur
l’idéal d’isonomie (égalité arithmétique), Clisthène reconnait à tous les
citoyens un droit égal à participer aux institutions de la vie publique
(assemblées tribunaux). Il institue à cet égard une assemblée du peuple
(l’ecclésia) qui devient, l’un des principaux organes de pouvoir dans la cité.
·
les réformes de Solo : Selon
Olivier Nay, ces réformes constituent la première volonté de rupture avec le
monde ancien. Elles recourent explicitement au principe d’eunomie (égalité
proportionnelle), surtout elles aménagent concrètement la Constitution
d’Athènes dans un sens favorable à la reconnaissance d’une pluralité des forces
politiques, seule voie possible pour imposer la justice. Solo installe dans ce
but un conseil de quatre cents membres disposant d’amples pouvoirs. Surtout, il
édicte des conventions écrites qui deviennent de véritables lois générales : il
s’agit clairement pour Solo, de mettre
fin aux rapports de force par une législation (le nomos) devant être respectée
par l’ensemble des citoyens.
o Qu’est-ce qu’on entend
par magistrats ou stratèges ?
Ces derniers
détenaient le pouvoir exécutif. Ils géraient les affaires courantes et appliquent des lois. Les magistrats
devraient exercer leur pouvoir de manière
collégiale et jamais de manière individuelle. Des restrictions sont maintenues
dans l’accès aux magistratures les plus élevées (comme par exemple stratèges)
pour lesquelles la sélection s’appuie sur le mérite (c'est-à-dire la richesse et la compétence). Les citoyens les plus
pauvres ne peuvent jamais accéder aux hautes responsabilités.
Ø Le système institutionnel grec
Le système
institutionnel grec était composé de plusieurs institutions qui détenaient des
rôles législatifs, exécutifs et judiciaires. Le modèle démocratique se
caractérise par la participation directe des citoyens qui sont souverains
absolus de tout ce qui concerne la cité. La démocratie athénienne a établi un
régime d’assemblée où l’Ecclésia était le lieu où se concentre la légitimité du système politique et dont dépendait
l’organe exécutif.
1. Ecclésia :
Cette
institution est chargée de discuter les lois et les voter. Elle décide aussi
des dépenses publiques, comme elle prend les décisions concernant les traités
de paix et les guerres. Elle élit les dix stratèges qui sont aussi des
magistrats élus pour un an et qui dirigent la cité. L’assemblée est ouverte à
tout individu majeur, né de père et de mère athéniens. Elle comptait
théoriquement 20.000 membres payés pour leur présence.
Les compétences
de l’ecclésia sont très larges et s’étendent à plusieurs domaines :
§ Elle contribue tout d’abord à l’exercice du pouvoir exécutif.
Elle reçoit des ambassadeurs, envoie des chargés de mission, étudie les rapports et définit l’objet de leur
mission. Elle destitue les stratèges ou autres officiers. Elle décide de
l’emploi des ressources, fixe les droits de
douane, ordonne la levée de l’impôt.
§ Ses pouvoirs législatifs sont aussi plus étendus. L’ecclésia
peut fixer des limites même à la liberté. Selon les analyses de A. Menouni,
l’exemple le plus connu est celui de l’ostracisme. Celui-ci consistait dans le fait
qu’un homme dont l’influence était jugée dangereuse pour le régime
démocratique, pouvait être exilé pour dix ans,
sans perdre toutefois ses biens et son statut de citoyen. L’ostracisme institué
par Clisthène était destiné à s’opposer à un éventuel retour à la tyrannie.
2- La Boulé
La Boulé est
composée de 500 Membres. Elle est souvent appelée « Conseil des Cinq-cents ».
Sa mission fondamentale est de préparer les lois et les soumettre à l’Ecclésia.
La Boulée examine les projets de loi, et exécute
les décisions de l’Ecclésia. Les membres de cette institution sont appelés les
Bouleutes qui représentent les dix tribus composant la société athénienne. Elle
reflète ainsi la diversité du peuple athénien. Selon Edward Will, il considère
la Boulée comme une « une machine à éliminer les influences et à faire triompher le sens commun du
démos, et le meilleur garant de la démocratie ».
3- Les stratèges
Les stratèges
apparaissent à la fin du VIe siècle av. J.-C. ils étaient d'abord des chefs
militaires placés à la tête des bataillons d'infanterie. Le stratège est un
général et a le rang d'officier le plus élevé. Au fils des ans, ils prirent des
fonctions proprement politiques qui leur avaient permis de présenter
directement des projets à l’assemblée du peuple et les faire voter. Bien
qu’élus et contrôlés par l’ecclésia, leur position / institution leur
permettait d’assurer une clientèle politique.
Ce qui les
distingue des autres magistrats, c'est qu'ils sont élus par l'ecclésia et non pas tirés au sort. Ils étaient au
nombre de dix (élus par l’ecclésia). Les
titulaires sont le plus souvent désignés selon leurs capacités, mais aussi
selon leur influence dans la cité ou leur appartenance à une grande famille. À
Athènes, 10 stratèges étaient élus annuellement. Ce sont des magistrats
militaires, chargés de gérer les affaires publiques, politiques et militaires de la cité. Leur rôle était équivalent à celui du chef de
l'État. Périclès est sans aucun doute le stratège le plus connu du 5e siècle
av. J.-C.
4- l’Héliée
Il s’agit
d’un tribunal populaire composé de 6000 citoyens âgés de plus de 30 ans et
répartis en dix classes de 500 citoyens choisis par un tirage au sort chaque
année pour devenir héliastes. L’héliée détient le pouvoir judiciaire. Pour
siéger dans ce tribunal institué par Clisthène, il faut être athénien, de sexe
masculin et âgé de 30 ans, avoir manifesté de l’intérêt pour ces fonctions en
se portant volontaire.
Les juges ou
héliastes sont tirés au sort pour une année. Ils sont au nombre de 6 000 et
répartis en 12 sections de 500 membres. Chaque matin, une section est tirée au
sort pour juger une des affaires de la journée.
L'Héliée, qui
remplit une fonction judiciaire, est également chargée de vérifier la constitutionnalité de chacune des
décisions prises par L'Ecclésia. Elle a le droit d'invalider un projet de loi.
Les verdicts de cette institution sont sans appel et immédiatement exécutoires.
5- L’Aréopage
C’est une
institution politique qui a procédé à l’avènement de la démocratie athénienne. L’Aréopage est formé d’anciens
nobles riches et (traditionnellement) elle est l’institution athénienne la
moins démocratique et la plus
aristocratique. L’Aréopage est traditionnellement composé des membres qui ont
déjà rempli les magistratures les plus importantes.
Son but premier
est de conserver les lois, c'est-à-dire de veiller au respect de la loi. Cette
institution était une survivance des institutions judiciaires de l'époque
pré-démocratique. Les réformes de
Solon et surtout celles de Clisthène
l'avaient privée de presque toutes ses prérogatives politiques et ne lui avaient laissé qu'une partie de
ses fonctions judiciaires. Tout au long du V° siècle, ce tribunal perdit petit
à petit toutes ses prérogatives au profit de
l'Héliée.
o La citoyenneté athénienne
La naissance de
la citoyenneté athénienne signifie le passage de la royauté au citoyen de la
cité qui ne considère plus les individus comme « sujets » mais plutôt comme des
hommes égaux et titulaires de droits et de devoirs. Ce qui fait le citoyen,
c’est son appartenance à une communauté civique. Comme l’a bien expliqué
Olivier Nay, Cette conception de l’individu est totalement révolutionnaire pour
l’époque, car elle rompt avec la vision des temps anciens, celle des mythes et
des récits homériques qui exaltaient la supériorité des
« héros ». Elle
implique de considérer tous les individus de façon abstraite, à partir des
liens qui les unissent.
Cependant, les
citoyens ne représentent que 10% de la population de la cité d’Athènes. Depuis
les réformes de Clisthène en 507-508 avant J.C, pour être citoyen, il faut :
-
être un homme libre ;
-
avoir un père athénien ;
-
être inscrit à l’âge de 18 ans sur les
registres de dému ;
-
avoir fait son éphébie :
pour devenir citoyen athénien, il faut effectuer un service militaire qu’on
appelle l’éphébie. Parce que les citoyens sont avant tout les premiers
défenseurs de la cité. Leur première obligation est de défendre la cité contre
toute menace extérieure.
On remarque que
les naturalisations sont rares à Athènes. Elles sont obtenues en récompense de
grands services rendus à la cité par des étrangers qu’on appelle métèques. Ces
derniers, bien qu’hommes
« libres » et
également bien intégrés à la vie sociale, ont de nombreux devoirs (acquitter
l’impôt, servir l’armée, etc.) mais ils bénéficient à l’inverse de peu de
droits (ils n’ont pas le droit de vote).
En fait, la
démocratie athénienne n’a profité qu’à une minorité de citoyens. C'est-à-dire
les citoyens les plus riches qui représentent les grands propriétaires terriens
car ils disposent de temps libre pour assister aux assemblées, grâce aux
travaux de leurs esclaves et leurs métèques.
Pour Yves
Chenal, c’est «en raison des avantages qui allaient de pair avec le fait d'être
citoyen, les Athéniens se sont toujours efforcés de limiter le nombre de gens
qui pouvaient le devenir. En 451, Périclès, le grand dirigeant athénien, fait
voter une loi exigeant d'être né d'un père citoyen athénien et d'une mère fille
de citoyen, mariés, pour devenir citoyen athénien : jusque-là il suffisait d'un
père citoyen, mais le nombre de citoyens augmentait trop vite. Cette mesure
montre
aussi que les
femmes, bien qu'elles ne soient pas citoyennes de plein droit, font néanmoins
partie de la communauté civique ».
La citoyenneté
confiait un pouvoir politique et également une protection judiciaire (les
citoyens ne peuvent ni être torturés
ni être condamnés à la torture). Les
citoyens disposent aussi d’un avantage économique : seuls les citoyens
pouvaient avoir une propriété foncière.
Mais, le
paradoxe de la démocratie grecque est que les femmes, les esclaves et les météques (c'est-à-dire les étrangers)
sont exclus de la participation politique. La majorité des autres citoyens sont
des paysans et des artisans. Ils sont incapables de participer aux activités
des institutions politiques parce qu’ils n’ont souvent ni le temps libre ni les moyens. C’est ainsi que Périclès va
verser une indemnité aux citoyens pauvres qui viennent à l’Ecclésia.
v Socrate (470/469 – 399 av. J.C)
Socrate est
un philosophe du Vème siècle avant J.C. Il est connu comme le créateur de la
philosophie morale. Il n’a laissé aucun écrit, mais sa pensée s’est transmise
par ses disciples notamment Xénophon et Platon. Pour Jacques Han (sa thèse de
doctorat : la structure de Socrate selon Platon) Socrate n’a rien écrit, il a
seulement parlé, alors que Platon a écrit.
o Son approche maïeutique
Socrate adopte
une attitude faussement naïve. Il interroge ses interlocuteurs de manière qui
les mettent eux-mêmes en question. Selon Socrate, faire de la philosophie,
c’est apprendre à mettre en question les ‘’certitudes’’ et les valeurs qui
dirigent notre propre vie. En d’autres termes, le savoir philosophique n’est
donc pas seulement une connaissance abstraite, mais il est inséparable d’un
véritable travail sur soi-même.
Selon Jacques
Han, Socrate soumet tout le monde à examen, particulièrement les hommes politiques, les poètes et les
artisans en montrant leur ignorance, en les ironisant et en leur faisant honte publiquement.
La démarche
philosophique de Socrate se caractérise par une forme de souci de soi.
D’autant qu’il a considéré que la première chose qu’il faut connaître est ce que l’on est soi-même : « Connais-toi,
toi-même ». Cela veut dire que le savoir n’est pas un contenu immuable et
achevé qui serait transmissible directement
par l’écriture ou par n’importe quel discours. Dans le discours
de Socrate du
« Phèdre »
la philosophie est « une réminiscence des réalités jadis contemplées par notre
âme ». La philosophie de Socrate se rencontre dans le dialogue que ce dernier
entame avec les citoyens. Ce dialogue constitue une occasion qui permet à
Socrate d’interroger les citoyens sur ce qu’ils croient savoir et détruisent
leur illusion et fausses connaissances.
Pour John
Cooper, Socrate a exercé son activité philosophique comme un art de
construction de soi en tant que personne. Ce
qui explique pourquoi il importe d’examiner la conception que Socrate se
fait de la philosophie elle-même comme manière de vivre, de la philosophie
comme ce qui doit se vivre et non pas seulement comme un objet de réflexion ou de discussion.
Dans le dialogue
de Platon intitulé ‘’Le banquet’’, Socrate répond à un interlocuteur qui
voudrait de son savoir : « Quel bonheur ce serait si le savoir était une chose
de telle sorte que, de ce qui est plein, il pût couler dans ce qui est vide ».
Socrate cherche
à répondre à la question de : « Qu’est-ce que le beau ? Ou qu’est ce qui est
juste ? ». Il est l’inventeur du raisonnement
inductif qui conduit le regard philosophique à la prise en vue de l’essentiel.
Pour Socrate, la fin consiste à connaître la vérité. Il a établi une
distinction fondamentale entre : les actions justes qui sont « belles et bonnes » et l’action mauvaise
qui devient dès
lors un effet de
l’ignorance. L’homme mauvais apparait désormais comme un ignorant, esclave sans
le savoir de ses désirs et livré sans fin au jeu contradictoire de ses
impulsions. Alexander Nehamas dans son livre ‘’The Art of living’’, a relié
Socrate à Nietzche et à Michel Foucault en tant qu’ils pratiquent tous un
certain « art de vivre ».
En effet, comme
l’a bien décrit John Cooper, l’Apologie de Socrate de Platon suffit à nous
montrer comment a pu se répandre l’image de Socrate comme philosophe qui mit un
point d’honneur à vivre sa philosophie. L’Apologie nous éclaire également sur
ce que Socrate entendait vraiment par philosophie comme manière de vivre.
Socrate y est décrit comme ayant consacré sa vie, pendant des années et
semble-t-il sans discontinuer, à s’entretenir dans les lieux publics de la cité
avec quelques-uns de ses concitoyens d’Athènes. Parmi eux se trouvaient des
jeunes hommes qui s’assemblaient pour l’écouter, mais aussi des hommes mûrs,
établis et réputés dans la société athénienne. Ces entretiens avaient un caractère philosophique (selon le sens du terme « philosophie » qu’on finit par
lui attribuer, et que Platon
lui-même préconisait). Ils consistaient en des questions à propos de la vie
humaine que Socrate posait pour débuter l’entretien, et en des questions
supplémentaires qu’il formulait contre les réponses de l’interlocuteur.
Socrate affirme
que la vie d’un homme à laquelle l’examen fait défaut ne vaut pas la peine
d’être vécue. Cette vie doit être objet de l’approche maïeutique qui est
destinée à détruire les illusions et les fausses connaissances. La bonne ou la
mauvaise santé de l’âme de chacun est suspendue à l’usage ou non de sa raison
qui le guide sûrement pour mener sa propre vie de la vérité.
La vérité existe
mais ne peut être comprise que grâce à l’esprit critique. Socrate adopte la
stratégie de rupture qui incarne la pensée libre. La morale socratique a pour
fonction d’aider l’homme à sortir de soi, à se décentrer et de reconnaître le
bien dans la vie publique et dans la vie privé.
o Socrate et les Sophistes
:
Parmi les
opposants de l’approche maïeutique adoptée par Socrate, on trouve les sophistes
qui sont des professeurs itinérants, enseignant contre rétribution l’art
d’argumenter dans les affaires publiques et privées. Protagoras est parmi les
fondateurs de l’école « sophiste ».
Les seuls buts
des sophistes sont : la persuasion et la puissance. Ils se distinguent nettement de Socrate qui
recherche la vérité.
Les sophistes
opposent la loi à la nature. La loi n’était d’après eux qu’une convention du
législateur, variable comme les mœurs et faite pour contenir les humains. En
revanche il existe, selon Socrate, des lois morales et universelles, non
écrites, permanentes, inscrites dans la nature, voulues par les dieux et le
droit positif doit se rapprocher le plus possible de ces lois naturelles.
Lors de son
procès, Socrate a refusé les procédés des sophistes. Il s’est vu investi d’une
mission divine pour protéger et améliorer la cité athénienne. Socrate s’est
posé en réformateur moral.
o Le procès de Socrate
Ce procès a été raconté par
Platon dans son livre ‘’L’apologie de Socrate’’.
Avec son
approche, Socrate a dérangé les décideurs politiques qui méprisent les
intellectuels en les percevant comme des adversaires de la démocratie
athénienne. Ainsi, Socrate est tenu responsable de la défaite militaire d’Athènes
lors de la guerre du Péloponnèse.
En fait, Socrate
était hostile aux principes fondamentaux du régime démocratique. Il
apparaissait comme promoteur du gouvernement des experts alors que le régime
démocratique athénien refusait la compétence technique en tant que titre à
gouverner.
Socrate est
connu pour louer les lois des régimes non démocratiques de Sparte. D’après les
portraits laissés par ses disciples, il a épousé ouvertement certaines vues
anti-démocratiques en estimant que ce n’est pas l’opinion de la majorité qui
donne une politique correcte, mais plutôt le savoir, la compétence
professionnelle, qualités que peu d’hommes possédaient.
En ce qui a
trait au régime politique à Sparte, il était une oligarchie et le pouvoir était
en fait détenu par les riches.
Accusé de
corruption de la jeunesse, Socrate était un bouc émissaire. C’est à cause de sa
méthode maïeutique qui était initiée par les jeunes gens de la cité, que les
détenteurs des pouvoirs cherchent à se débarrasser de lui. Car sa pensée les
dérange et sème le trouble au sein de la cité athénienne.
Paulin Ismard,
spécialiste de la civilisation grecque et auteur de «L'événement Socrate, éditions Flammarion, Paris, 2017 », a bien
noté qu’au terme de son procès, alors que les accusateurs réclament la mort et
qu'on demande à Socrate quelle peine il propose, il répond qu'il doit être
traité comme un bienfaiteur de la cité et à ce titre être nourri à vie au
Prytanée, là où sont accueillis les hôtes de marque. Socrate adopte ce qu'on
appellerait aujourd'hui une véritable "stratégie de rupture" : il y a
de sa part le choix tout à fait conscient de faire de son procès, au risque de
sa propre vie, le lieu d'un dissensus, d'un conflit, portant sur les fondements
mêmes de la vie dans la cité. Comme le reconnaissent une partie de ses
disciples, s'il avait proposé aux juges l'exil en guise de peine, celui-ci,
selon toute vraisemblance, lui aurait été accordé. Par ce geste de dissidence,
dont l'époque classique n'offre aucun équivalent, il a ouvert une faille à
travers laquelle la postérité n'a cessé de projeter ses propres interrogations
et désirs à l'égard de l'Antiquité grecque.
v Platon (424-347 av. J.C) :
Platon est
un éminent philosophe grec, et disciple de Socrate. Agé de vingt ans, Platon a
rencontré Socrate. Ce qui explique pourquoi Platon s’est détourné du chemin qui
lui était destiné et s’est orienté vers la philosophie. Inspiré de la
philosophie de Socrate, il a adopté l’approche dialectique. Son ouvrage « le
dialogue » en constitue le meilleur exemple car Platon nous a transmis la
philosophie oratoire de Socrate.
Tous les
dialogues de Platon se rapportent plus ou moins directement à la question politique.
Le dialogue constitue une forme dialectique de connaissance. C’est aussi une
montée progressive vers le vrai, loin des illusions et des croyances
imaginatives.
o La justice platonicienne
Dans son
ouvrage la République, Platon a défini les caractères majeurs aussi bien de sa
pensée politique que de son régime politique idéal. Il a défendu à cet égard
une conception idéale de la gestion des affaires de la cité. Ainsi, le souci
fondamental de la pensée platonicienne est de
faire reposer l’ordre politique sur la Justice. En fait, l’idée de justice chez Platon se réfère à une
vision morale de la politique. Elle
résulte de la reconstruction complète de la cité, par la création d’un système
permettant à chacun de trouver la
place et le rang qui lui convient selon ses qualités et ses compétences.
La philosophie
politique de Platon considère que la cité juste doit être construite sur le
modèle du Bien en soi. La justice doit être comparable à la médecine, c’est l’art qui connait et engendre ce qui est bon pour le corps
humain. Selon Platon, l’idée de justice représente l’équilibre d’une âme saine
où chaque partie joue son rôle et obéit à sa
fonction.
La philosophie
platonicienne poursuit l’approche de Socrate en associant l’analyse du
gouvernement politique à une théorie générale de la connaissance. Comme pour
son maître, la justice politique repose sur le savoir maitrisé de la raison. La
bonne politique est celle qui considère la justice l’une des qualités morales indispensable
à l’art de commandement. En ce sens,
Platon a établi un lien indissociable entre « l’excellence de l’âme » et «
l’art politique ». Olivier Nay a remarqué que Platon était parmi les premiers
qui ont considéré les qualités humaines et la moralité des actes comme sujet
central de la politique.
Ainsi, dans l’Etat, la justice
représente une harmonie et un équilibre entre :
-
les artisans et travailleurs ;
-
les guerriers qui défendent la cité ;
-
et les magistrats qui commandent la cité.
Ce qui précède suggère l’âme, dont
dispose l’homme, en trois parties : 1- la raison permettant le savoir et
l’intelligence ;
2-
le courage permettant l’affrontement ;
3-
la lutte dirigeant la reproduction et la conservation.
Pour Platon,
il existe une inégalité dans la répartition de ces attributs. Certains sont
dominés par la recherche de la gloire, d’autres par leurs talents domestiques
et d’autres enfin par leur capacité à raisonner justement.
Ainsi, la
justice désigne l’équilibre de la cité où les « philosophes-magistrats »
commandent. Selon cette logique, chaque classe exécute la fonction qui lui est
propre. Au sommet de la hiérarchie se trouve celui qui a la capacité de
contempler les essences, le Bien. Platon fait du Bien non pas une idée morale
mais un principe métaphysique. Son souci majeur est d’élever l’âme
progressivement du sensible vers les idées qui le fondent, jusqu’à atteindre le
véritable fondement qui est l’idée de bien.
En outre, la
justice individuelle représente l’équilibre d’une âme saine où chaque partie
joue son rôle et obéit à sa fonction. La cité platonicienne a un caractère
organique incarnée par une solidarité de fonctions
qui repose sur une dépendance réciproque des couches sociales. Cette dépendance
favorise la mise en place d’une cité harmonieuse où chacun trouve sa place et
occupe son rôle selon ses compétences.
Platon compare
la cité à un bateau avec un équipage et un
capitaine. Le philosophe roi est comme le prêtre qui joue le rôle
d’intermédiaire entre les idées et le social. Il a plaidé pour une société
hiérarchisée qui relève de l’application du Bien. Pour Platon, le régime
politique idéal est une aristocratie où le savoir et la raison dominent.
Il en résulte
que tous les autres régimes sont le fruit de la décadence et du désordre. Sa
thèse principale est que le désordre et la tyrannie viennent des vices qui sont
aussi bien sociaux qu’individuels. Les deux principaux vices sont : l’excès
(excès de désir, avidité) et l’irrespect des lois. Ces vices sont dus à
l’ignorance et au manque d’éducation.
o Critique de la démocratie
Selon
Platon, la démocratie favorise l’émergence d’un homme qui ne sait plus
hiérarchiser ses désirs et tout va à l’excès. Il s’ensuit qu’un renversement du
rapport social s’installe ; par exemple : le maître craint ses disciples et les
flatte. C’est parce que le démocrate est ignorant, intempérant, plein de
passions et d’appétits, qu’il gouverne par des désirs superflus.
Le modèle
démocratique devrait être remplacé par un Etat idéal gouverné par les
philosophes « rois ». La méfiance de Platon à l’égard de la démocratie athénienne se développe sur plusieurs
registres. Dans son ouvrage « la
République »,
L’auteur a constaté que « « la démocratie naît lorsque après leur victoire les
pauvres mettent à mort un certain nombre d’habitants, en expulsent d’autres, et
font participer ceux qui restent à égalité au régime politique et aux charges
de direction. ». Yves Charbit voit que la recherche d’un système politique
satisfaisant, c’est-à-dire juste, passe par l’harmonisation du tout (la Cité)
et de la partie (l’individu). Platon s’attache donc à inventer des chefs
idéaux, à la mesure de la Cité. Il décrit longuement les gardiens de la Cité et
les vertus qu’ils devraient posséder. La principale serait la sagesse,
c’est-à-dire le triomphe de la raison sur les passions, et la sagesse serait
notamment acquise par la connaissance des mathématiques.
La démocratie
est fondamentalement démagogique. C’est la domination de l’opinion, c'est-à-dire du langage des préjugés et de
l’incompétence. Elle est aussi le lieu où tout le monde se croit compétent pour
parler de tout : chacun dit
« je pense
que ». Selon Platon, la démocratie signifie aussi un régime où la majorité n’a
pas toujours raison parce que le régime démocratique risque de dégénérer en son
contraire. Il a évoqué les vagues promesses qui suffisent pour soulever
l’enthousiasme populaire mais sans que
l’on sache si celui qui les formule était capable
de les tenir. Platon a comparé la foule démocratique à un
« gros animal » dont la dangerosité fait passer les désirs
pour des nécessités.
En effet,
Platon a critiqué le régime démocratique qui est dangereux parce qu’il donne un
pouvoir et une liberté excessifs au peuple, dont les désirs irrationnels et
impulsifs risquent de faire se dissoudre l’ordre social dans la violence. La
démocratie s’appuie sur la bêtise du peuple et étend le domaine du démagogue.
Platon a
considéré la démocratie comme un régime sans frein, d’égalité entre les valeurs
les plus inégales. Il en résulte que l’anarchie qui s’installe crée un malaise croissant qui met en danger le
régime. Plus concrètement, le meilleur régime est celui qui repose sur une
division rationnelle des tâches et sur
le respect de la hiérarchie des classes. Il s’agit ici d’un équilibre des
puissances qui
sera assuré par
la pratique des quatre conditions fondamentales : la sagesse qui est le propre
des gardiens, le courage requis des guerriers, la tempérance qui doit
caractériser aussi bien les artisans que les autres classes et enfin la justice
en ce que chacun, artisan, auxiliaire ou gardien parfait accomplit la tâche
pour laquelle il est né.
Platon a
constaté que la vérité ne se décide pas au suffrage universel car la politique
est un savoir et la fin de la politique est de nous faire vivre dans un monde de
raison. Seul le savoir permet l’ordre et il n’est rien de pire que d’être
gouverné par des ignorants. La politique est une science qui s’apparente
plus aux mathématiques, c'est-à-dire une
science utile aux autres sciences. Elle est à la fois cognitive et directive.
Selon Platon, le
pouvoir est conçu comme un devoir, une tâche, un service et non pas comme la satisfaction
d’intérêts personnels. Pour nous expliquer cette idée, Platon allait faire
appel à la pensée de Socrate qui souligne que « l’art du berger a pour essence
le bien des moutons. De même, l’art
politique est par essence service pour les gouvernés (…) l’injustice absolue
réduirait n’importe quel groupe à l’impuissance. Le pouvoir ne peut s’exercer
sans justice ».
Dans cette perspective, la justice n’est autre que
le principe de spécialisation des
tâches. C'est-à-dire à chacun la fonction qui correspond à ses compétences.
Cette distribution des tâches assure la valeur au régime politique, ce ne sont
pas les bonnes lois, parce que celles-ci sont en elles-mêmes des « lettres
mortes », mais des hommes compétents qui sont capables de leur donner une signification.
o La cité idéale
La cité
idéale apparait comme le résultat d’un parcours historique marqué par la crise
de la démocratie athénienne. Celle-ci a été l’objet de nombreuses critiques,
notamment celles de Platon. C’est à partir de cette crise que Platon va définir
la cité idéale, en définissant la nature des règles aussi bien des mécanismes
qui
président au
fonctionnement de l’Etat idéal. A. Menouni a remarqué que la cité idéale n’est
que le résultat de l’impuissance dans laquelle se trouve l’individu isolé, de
se suffire à lui-même et du besoin de mille choses que peuvent lui fournir les
auteurs individus.
Compte tenu de
ces considérations, Platon croit en la faisabilité de son projet politique (la
cité idéale). C’est dans son ouvrage « la République » que Platon a défini les
traits caractéristiques de la cité idéale.
La cité
platonicienne incarne et protège la transcendance à travers l’éducation
philosophique et éthique. La cité idéale, disait Platon est « peut-être située
là- haut dans le ciel, comme un modèle pour qui veut la contempler et régler
sur elle son gouvernement particulier ».
Dans la cité
idéale, l’éducation est un monopole de l’Etat et elle ne concerne que les
enfants et filles de gardiens. Les dirigeants de la cité sont nommés les
gardiens. Ils sont choisis dans l’élite intellectuelle morale et physique selon
une instruction poussée.
En fait, le
projet platonicien appelle trois commentaires. Selon les remarques d’Olivier
Nay, les caractéristiques de la cité idéale présentent tout d’abord l’avantage
de dissocier d’un côté les activités permettant l’enrichissement, de l’autre
les fonctions de commandement militaire et politique. L’incompatibilité du
pouvoir et de la richesse est ainsi la première règle politique qui se dégage
de la République. Elle a pour but d’éviter la corruption des gouvernants. Pour
Platon, le mélange des classes est la source des pires injustices dans la cité.
C’est ainsi que
l’une des idées les plus fondamentales de Platon est de confier le pouvoir aux
philosophes qui deviennent « rois ». Il s’agit pour l’auteur de céder la
direction de la cité à ceux qui maitrisent l’art politique, un art qui implique
une connaissance approfondie de la nature humaine. Dans son ouvrage « Le politique », Platon
identifie l’art de commander à un « art royal » qui apparaît
comme une
véritable « science ». A l’image du chef de vaisseau qui doit posséder une
connaissance parfaite de la navigation, le dirigeant politique doit connaître
la « science du gouvernement ».
Les gardiens de
la cité sont obligés de se consacrer entièrement au service de l’Etat. Ils
n’ont droit ni à des richesses matérielles, ni à des distractions même légères
ni à des ambitions privées. Ils ont tout en commun le logement, le repas, les
femmes et les enfants.
Les femmes
seront communes à tous les gardiens et à tous les guerriers, ce qui implique
que les enfants seront élevés en commun par l’Etat, dans l’ignorance complète
de leurs parents. Platon y voit là un élément d’unité de l’Etat.
Il s’agit en
effet d’un communisme platonicien qui plaide pour le modèle de l’harmonie. Karl
Popper a rendu Platon responsable du stalinisme et du nazisme. La thèse de Karl Popper est simple : Platon est
le fondateur des idéologies de la société fermée et anti-démocratique. Il est
aussi le premier ennemi de la société ouverte et libérale. En fait, plus que le
communisme, ce qui fait l’originalité de la pensée de Platon, c’est
l’affirmation d’une certaine
conception organique de l’Etat. Comme l’a bien noté Menouni, celui-ci apparaît
comme un organisme, ou plus spécifiquement comme un corps et une personne, dont le cerveau a comme
fonction de gouverner, les membres remplissent diverses activités de l’Etat,
les simples individus sont les parties de l’ensemble, les instruments
nécessaires à l’exécution des ordres donnés par le cerveau.
v Aristote (384 – 322 av. J.C) :
Aristote est
l’un des principaux disciples de Platon. Sa pensée repose essentiellement sur
la logique et l’observation. Il s’est intéressé à plusieurs disciplines, comme
la logique, l’éthique, la politique, la physique, etc. et passe la causalité
pour un mécanisme analytique de l’action humaine.
Le but
d’Aristote est d’établir une analyse empirique et expérimentale loin de l’idéalisme
absolu qui a caractérisé la philosophie platonicienne. Selon Menouni, cette
méthode s’explique en partie par l’expérience de la personnalité d’Aristote. Ce
dernier est le fils d’un médecin qui vivait à la Cour du roi Philippe de
Macédoine. Son père était considéré par les historiens, comme l’esprit le plus
savant et le plus cultivé de la
profession. A cela s’ajoute un second
facteur : Aristote était un métèque, c'est-à-dire un étranger écarté de la vie
politique. A la différence de Platon, Il n’était pas animé d’ambitions
politiques. Ce qui lui a permis de se situer au- dessus des querelles de son
temps en adoptant souvent l’attitude du témoin objectif et désintéressé.
Or, pour Aristote, il existe
trois sortes de sciences :
1-
Les sciences spéculatives ou théoriques ;
2-
Les sciences pratiques qui tournent vers
l’action ;
3-
Les sciences productives qui
couvrent les domaines techniques et de
la production.
Selon le
philosophe Léon-Strauss, la distinction aristotélicienne entre les sciences
théoriques et pratiques implique que
l’action humaine a des principes propres connus indépendamment de la science
théorique parce que l’action humaine se trouve déjà guidée, à l’intérieur du
domaine pratique lui-même, par des finalités
naturelles.
L’éthique
aristotélicienne est très marquée par la notion de mesure. En d’autres termes, son éthique, toute comme sa
politique et son économie sont tournées vers la recherche du Bien. Ainsi,
Aristote affirme que la vie humaine implique l’exigence de se faire philosophe,
c'est-à-dire d’aimer la science, ou plus précisément la sagesse.
En effet, la
science utilise la démonstration comme instrument de la recherche. Selon
Aristote, démontrer c’est montrer la nécessité interne qui gouverne les
choses. La
science spéculative constitue la fin en soi de l’âme humaine et l’achèvement de la science. Aristote
est le fondateur de la « philosophie première » qui consiste à rechercher les
premières causes et les premiers principes de l’existence de l’univers. Sa
question principale est : « ce qui signifie être ? ». La philosophie première a
pour but de mettre l’unité dans le traitement général de la nature. La question
problématique est : comment la diversité des êtres naturels en mouvement
parvient-elle à s’unifier sous un principe
universel ?
De ce point de
vue, Aristote a critiqué la théorie platonicienne des idées. Pour Aristote
l’existence est la chose même. L’Ame est avant tout principe de l’activité
vitale. La question est de savoir comment l’âme anime le corps ?
En réponse à
cette question, Aristote a remarqué que la principale fonction de l’âme est la
faculté de penser, c'est-à-dire l’âme intellective. Mais, cette fonction ne
peut être saisie en dehors de son lien causal avec la vertu. Cette
dernière n’est que l’excellence dans
l’accomplissement de la fonction intellective. Selon Aristote, la vertu
consiste alors avant tout à éviter les excès et les défauts. Autrement dit, la
vertu consiste dans le bon usage de la raison.
En psychologie,
Aristote considère l’âme comme puissance cachée qui donne la vie et produit
l’organisation.
o
Le réalisme d’Aristote
Le réalisme
se définit comme visée du réel. Le souci majeur que porte Aristote est de
ramener la philosophie du ciel sur la terre parce qu’il refuse de voir le réel
dans un monde idéal séparé. Aristote veut lire l’essence dans ce monde.
Le souci du
réalisme est chez Aristote poussée à l’extrême et semble annoncer les méthodes
des écoles scandinaves et des
réalistes pragmatiques américains.
Cela veut dire
qu’une théorie ne se construit pas dans l’abstrait mais à partir de
l’observation de la diversité de la réalité.
Aristote a
appliqué une méthode expérimentale aux problèmes politiques. En d’autres
termes, il faut partir des données complexes des réalités sociales pour
s’élever par induction aux éléments indécomposables dont elles dépendent.
Ainsi, Aristote
préfère une approche réaliste et pragmatique qui préfigure les approches
sociologiques. Pour Aristote, il existe quatre types de causes permettant de
connaître et de comprendre la production de la réalité :
1-
La cause matérielle : ce dont une chose est
faite.
2-
La cause formelle : modèle
et forme immanentes aux choses. 3- La cause efficiente : le moteur de l’action
ou l’argent.
4-
La cause finale : la raison ou la fin.
Malgré
l’existence de ces types de cause, Aristote a considéré Dieu comme le premier
moteur qui représente la cause de tout changement dans le monde. On peut le
comprendre comme un vivant éternel et absolument parfait.
Le monde n’a pas
de commencement et n’aura pas de
fin. Son mouvement est éternel. Pour être expliquées, les causes ont besoin
d’un principe supérieur, c’est Dieu. Il en résulte que la divinité ne serait
possible en dehors de l’objet de sa contemplation.
Aristote
constate que l’acte propre à l’homme est la pensée. Son souverain consistera
dans la contemplation de l’intelligible, dans la pensée de la pensée. Le
bonheur est essentiellement dans une activité de la raison, consistant dans la
contemplation.
o
Le caractère naturel de
l’Etat
Contrairement
à Platon, Aristote ne conçoit pas l’Etat idéal mais plutôt les conditions de
possibilité de l’Etat.
Pour Aristote,
la cité (Etat) fait partie des choses naturelles, et que l'homme est par nature
un animal politique. L'Etat se forme à partir d'une suite de communautés :
-
À l'origine, communauté de
deux personnes (homme / femme, père / enfant, maître / serviteur).
-
Ensemble, ils constituent la famille.
-
Les familles constituent des villages.
-
Les villages constituent la polis c'est-à-dire la Cité, l'Etat.
Selon Aristote,
le but de l'Etat est l'accomplissement éthique des citoyens. La cité/Etat
existe ainsi en vue non seulement du vivre ensemble mais du « bien vivre. Les
gouvernements sont nécessairement bons quand ils visent l’intérêt commun.
L’Etat est par essence une association pour « bien vivre », non seulement au
niveau matériel, mais également sur le plan moral.
Menouni a bien
expliqué la nature de l’Etat aristotélicien quand il a associé la constitution
de ce dernier à une condition morale que la cité se l’approprie grâce à la faculté naturelle de l’individu
d’exprimer par la parole, l’utile et le nuisible, le bien et le mal, le juste
et l’injuste. C’est la communauté de ces sentiments qui achève d’engendrer la Cité.
A la lumière de
ces explications, on peut saisir la portée analytique de l’affirmation
aristotélicienne selon laquelle aucune séparation n’est envisageable entre la
vie politique et la vie éthique, parce que les deux sont indissociables de
toute l’activité humaine. La Cité est le lieu privilégié où chaque homme peut
atteindre un
niveau supérieur d’humanité grâce à la double dimension politique et morale de
la vie commune.
o
La place de la constitution
dans la philosophie aristotélicienne
La
constitution des athéniens est une œuvre antique attribuée à Aristote. Elle est
le fondement d’un régime politique, ce qui allait faire du droit
constitutionnel un droit avant tout politique. Elle est conçue comme la norme
suprême garante de l’Etat de droit.
Pour Aristote,
la constitution n’est que la base légale d’un régime politique qui prendra
réellement son caractère par la pratique. La constitution est caractéristique
d’un Etat de droit parce qu’il faut préférer la souveraineté de la loi à celle
des citoyens. Une constitution est excellente si elle assure le bonheur des
citoyens et si elle est capable de durer. Il doit y avoir une forme de constitution adaptée à la majorité des
gens, plus facile et plus communément réalisable.
Il existe trois types de
constitutions :
1-
Royauté : le pouvoir est
exercé par un seul. Sa forme déviante est la tyrannie.
2-
Aristocratie : gouvernement
des « meilleurs » citoyens ayant en vue l’intérêt général. La forme déviante
est l’oligarchie.
3-
Gouvernement constitutionnel
(politeia) où la République, qui est une forme de gouvernement, allie la
citoyenneté au mode d’organisation de la cité. Sa forme déviante est la
démagogie. Le gouvernement constitutionnel (République) consiste dans le
gouvernement d’un grand nombre et elle dégénère en démocratie si la majorité
commande irrationnellement les affaires publiques.
Pour Aristote,
le meilleur régime est mixte. Il est une sorte de combinaison équilibrée de la
démocratie et de l’aristocratie. Aristote plaide pour une constitution qui doit
être capable de satisfaire tous les intérêts. Une meilleure constitution doit
garantir la qualité des magistrats et des fonctionnaires qui sont les garants
d’une vie pacifique et régulière.
La meilleure
communauté politique est celle qui est constituée par une classe moyenne assez
nombreuse, car cela permet d’éviter les dérives qui sont la tyrannie ou la
démagogie.
Dans ‘’La
politique’’, Aristote a tenté de classer
empiriquement les multiples constitutions qu’il a recensées et
de les juger d’un point de vue moral. Pour ce faire, il distingue celles qui
ont pour but la justice, c'est-à-dire l’intérêt commun, et celles qui n’ont en
vue que l’intérêt personnel des gouvernants. Ainsi, la royauté, l’aristocratie
et la politeia (le gouvernement constitutionnel ou république) sont des formes
« correctes » (elles poursuivent le bien commun). Les déviations sont la
tyrannie, l'oligarchie et la
démocratie : « La tyrannie est une monarchie qui vise l'avantage du monarque,
l'oligarchie, celui des gens aisés, la démocratie vise l'avantage des gens
modestes. ».
L’équilibre
entre l’efficacité des moyens et la qualité morale des fins est la règle
majeure qui détermine le fonctionnement de ce régime mixte. D’autant que c’est
la vertu morale qui donne à la raison son orientation droite.
Mais dans une
bonne constitution, selon Aristote, les artisans sont exclus de la citoyenneté car ils sont trop
occupés à gagner leur vie. La citoyenneté est héréditaire.
o
Citoyenneté et cité
Aristote
estime qu’on ne doit pas élever au rang de citoyens tous les individus dont
l’Etat a cependant nécessairement besoin : les artisans, les esclaves et les
métèques. Il importe de rappeler qu’Aristote est un métèque et cette prise de
position à l’égard de ces classes demeure incompréhensible.
Le citoyen est
celui qui peut exercer les fonctions de magistrat. Il en va que le pouvoir
politique est exercé par des gens libres car il existe la vertu de commandement
et aussi la vertu d’obéissance chez les hommes libres.
Aristote a
reconnu la nécessité des esclaves comme instruments de production. La
supériorité et l’infériorité naturelle font les maîtres et les esclaves. C’est
ainsi que l’esclavage naturel est nécessaire, juste et utile. Pour Aristote, la
justice devrait être distributive en fonction de la contribution, chacun va
contribuer au bien-être de la cité.
Les citoyens et
les exclus de la citoyenneté constituent les membres d’une cité qui est une
communauté capable de vivre en autarcie, c'est-à-dire en autosuffisance. Aristote rejette déjà l’idée de Platon qui voyait la cité comme une
grande famille. Pour Aristote, la cité ne sera
plus une, car elle a dans la nature
d’être une certaine sorte de multiplicité.
Ainsi, il faut rechercher l’unité dans la diversité, notamment par l’éducation
publique obligatoire et une bonne organisation spatiale. Il en résulte que le
territoire doit être divisé en deux portions : l’une au public, l’autre aux particuliers.
Aristote aime
l’égalité géométrique qui consolide l’égalité pour ceux qui sont déjà égaux
mais sans attribuer une égalité à ceux qui ne sont pas égaux. La richesse est
la source de la liberté et également une garantie de moralité, c'est-à- dire il
est riche, le magistrat qui ne recherche que l’honneur.
Aristote a
proposé d’établir un cens civique qui est un degré de richesse minimale pour
obtenir les droits politiques. Dans la République, (Politea) le corps civique
doit être formé par des paysans propriétaires libres. Ils sont retenus par leur travail et élisent des
magistrats qui gouvernent la cité.
Cens : est
le seuil d’imposition qui conditionne le droit pour un citoyen d’être électeur
(comme cens électoral) ou d’être éligible.
Dans la cité
athénienne, l’action et la parole se déploient notamment entre des hommes
libres. Ces éléments correspondent à une façon d’apparaitre publiquement, de se
dévoiler et de s’imposer. Le sens de
la vie politique, c'est-à- dire la vie de la
polis est interprétée à la lumière de cette conception de l’action
politique ou publique. La cité est une association entre des hommes libres pour
jouir d’une vie parfaitement heureuse et indépendante.
La parole permet de débattre des
valeurs de la communauté. Ce qui constitue l’enjeu fondamental de ce que nous
appelons l’activité politique. Il s’ensuit que la parole est aussi d’essence
politique et réciproquement la politique est d’essence langagière ou dialogique. De ce point de vue,
l’espace politique ou l’agora est le lieu où chacun peut exprimer sa conception
de l’utilité, du bien, du juste. Il s’agit également d’un espace de débat au
moyen duquel les citoyens peuvent réaliser les accords nécessaires à la vie en commun.
Rome
Les grecs
étaient avant tout des intellectuels qui s’intéressent aux sciences et à
l’histoire. Quant aux romains, ils avaient l’esprit pratique des conquérants ou
bâtisseurs.
La Rome antique
constitue à la fois la ville de Rome
et l’Etat qu’elle fonde dans l’antiquité. Rome est le résultat de la lente
agrégation de peuples cousins et voisins, tantôt ennemis tantôt alliés
commerciaux. La période romaine est marquée par la disparition du modèle grec
des cités et le rétablissement d’un
système politique qui allait prendre le contrôle de l’ensemble de la
Méditerrané. Olivier Nay a constaté que les trois « guerres puniques » ont
constitué un tournant décisif : il a évoqué à cet égard les victoires
remportées, contre la grande rivale, qui ont ouvert l’ère de l’impérialisme militaire de Rome.
Cependant, le
modèle institutionnel romain demeure marqué par les fortes tensions qui ont
opposé, d’un côté les patriciens qui représentent les grandes familles et contrôlent les principales
magistratures (par exemple : les fonctions des deux consuls qui détiennent le
pouvoir exécutif). Le patricien appartient par sa naissance à la classe
supérieure ancienne et traditionnelle et par ce rang détient diverses
prérogatives politique et religieuse. La classe des patriciens se distingue à
Rome du reste de la population dite plébéienne.
De l’autre, les
« plébéiens », c'est-à-dire celui qui appartient à la « plèbe », à la masse
populaire. Les « plébéiens » sont des citoyens de « seconde classe » qui se définit par opposition aux patriciens.
Les patriciens
ont élaboré une constitution républicaine qui fait d’eux la source du pouvoir
politique et sur cette base le système de patriciat devient de plus en
plus fermé sur
lui-même. Cette réalité allait produire chez les plébéiens une frustration et
aussi une ambition politique de renverser ce système de patriciat.
Il importe de
rappeler à cet égard que le soulèvement des plébéiens est explicable également
par les difficultés économiques qui s’accumulent et le poids socio-économique
des guerres constamment menées par Rome.
En 944 av. J-C, c’est la gravité du problème des dettes qui sont à
l’origine de la révolte de la «
plèbe » contre les patriciens, et de sa sécession.
En fait, les
sécessions de la plèbe traduisent le mécontentement de cette classe, ainsi que
les modes informels d’exercice du pouvoir par les dominés. Ces sécessions sont
comparables à une grève.
Il importe aussi
de rappeler le rôle qu’avaient joué les tribuns de la plèbe (c'est- à-dire les
représentants) dans la formation de la conscience politique de cette classe.
Les tribuns de la plèbe sont nés de la lutte contre l’hégémonie politique et économique des patriciens. Ils ont obligé
les patriciens à reconnaitre les droits de la classe « plèbe ». Les lois
Valeriæ Horatiæ ont reconnu l’inviolabilité des tribuns de la plèbe.
La lutte des plébéiens a donné
lieu à des résultats politiques considérables :
-
les plébéiens ont désormais
le droit d’élire leurs propres magistrats, l’adoption d’un code de lois écrites
(Loi des XII Tables) qui a reconnu
l’égalité devant la loi et par cette loi des assemblées populaires sont
fondées.
-
accession progressive aux
différentes magistratures, pouvoir de voter des lois (les plébiscites), etc.
o
La citoyenneté romaine
La
citoyenneté romaine est réservée aux hommes libres inscrits dans les tribus,
c'est-à-dire une institution archaïque de la Rome antique. Elles furent créées
pour regrouper les citoyens en fonction de leur
domicile urbain ou rural.
La citoyenneté
est accordée à tous les hommes libres de l’empire romain, mais l’extension de
la citoyenneté fut un puissant vecteur d’attraction de la Rome antique.
Les citoyens jouissent de
plusieurs droits comme :
- Jus suffrage : le droit de vote. On remarque que le vote
s’arrête lorsqu’une majorité est atteinte.
- Jus
militaire : le droit de s’incorporer dans la légion romaine.
- Jus
census : le droit de propriété.
- Jus
honorum (droit d’être élu magistrat) est restreint aux plus riches.
L’exercice du vote se réalise selon le découpage électoral
des comices tributes.
De plus,
seuls les citoyens des classes les plus riches peuvent être incorporés dans la
légion jusqu’à la réforme de Caius Marius qui leva cette restriction.
Caius Marius était
un général et homme d’Etat romain. Il est connu pour avoir fondamentalement
réformée l’armée romaine en permettant le recrutement des citoyens qui
n’étaient pas propriétaires terriens.
Olivier Nay a
remarqué que l’idée de citoyenneté romaine demeure néanmoins profondément
ambiguë, car dans les faits de nombreux citoyens ne disposent pas de la liberté proclamée. Les institutions républicaines conservent
des traits aristocratiques. Elles accordent l’essentiel des pouvoirs
de commandement aux
grandes
familles, aux riches et aux hommes les plus méritants. Le rang social, la
fortune et la vertu déterminent ainsi largement la distribution des charges
politiques.
Ø
Les femmes romaines :
Etre citoyenne romaine, c’est donc pouvoir
être mère et épouse de citoyen mâle. Les femmes romaines disposent d’un certain
nombre de droits comme :
-
Leur témoignage est recevable devant un
tribunal ;
-
elles peuvent hériter à part entière ;
-
les femmes aisées sont
dispensées de tout travail domestique ou agricole, excepté filer la laine et
élever les enfants.
Malgré ces avantages accordés à la femme, celle-ci est
politiquement mineure et exclue de la plupart des droits politiques.
Ø Les affranchis
citoyens
Les esclaves
libérés par leurs maîtres sont appelés les affranchis. Ces derniers n’ont pas
le droit de vote. Ils ont juste le droit de commercium et le droit d’action en
justice, mais leurs enfants sont considérés comme ingénu, c'est-à- dire citoyen
de plein droit.
o
Qui exerce le pouvoir
politique ?
Le pouvoir politique est exercé par les magistrats qui s’occupent des
finances et sont aussi responsables de l’approvisionnement des villes et de
l’armée.
Tous ces postes
relèvent de la compétence des patriciens (riches) qui n’avaient pas besoin de
travailler pour s’assurer un revenu. Les patriciens sont considérés comme des
magistrats qui agissent au nom du peuple et du sénat. Les comices qui sont une
assemblée de citoyens, sont chargés de voter les lois et de nommer les
magistrats.
Quant au sénat,
il est formé d’anciens magistrats. Sa mission est de contrôler les finances de
l’Etat et décider de la paix et de la guerre.
Il importe de
rappeler que dans les premiers temps de la civilisation romaine, les rois
étaient les maîtres des règles. Le roi était dépositaire du pouvoir politique.
Il était le chef de l’armée et possédait un droit de veto sur le sénat dont il
nommait les membres. Il était aussi chef de la religion et entouré d’un conseil
privé et aussi une administration impériale dirigée par des hauts
fonctionnaires dépendants de lui.
Ø Les comices
La vie
politique à Rome est réservée à 270.000 citoyens, c'est-à-dire aux hommes, nés
de père citoyen. Ces citoyens seuls peuvent siéger aux comices qui représentent
le pouvoir législatif.
Les comices
représentent également la volonté du peuple romain dans certains domaines comme
: les domaines judiciaires et législatifs. Elles rassemblent tous les citoyens
romains, mais chaque comice est différente de l’autre du fait de la
particularité de son fonctionnement, sa composition et aussi ses compétences.
§ Les diverses comices
1-
Les comices curiates : sont
les plus anciennes. Elles se tiennent en forum, centre politique de la cité.
2-
Les comices centuriates :
ont lieu en dehors de la ville. Elles regroupent les citoyens en armes
3-
Les comices tributes : réservées à la plèbe.
Ø Les magistrats
En ce qui a
trait aux magistrats, ils détiennent le pouvoir exécutif. Ce sont eux qui
gèrent la cité. Les magistrats républicains romains détiennent certains
pouvoirs
constitutionnels qui comprennent : le commandement (impérium), un droit de
contraintes (coercito). Mais, le commandement est le pouvoir le plus important
car il donne au magistrat l’autorité constitutionnelle nécessaire pour
commander dans certains domaines stratégiques : militaires, diplomatiques et
civils.
Parmi les
magistrats les plus influents : les consuls, notamment les deux consuls qui
sont les chefs de la république. Ils convoquent les comices et le sénat et
dirigent aussi les affaires civiles et l’armée. Les deux consuls ont
l’impérium, c'est-à-dire le pouvoir de commander les citoyens.
Ø Le sénat
Il est le
gardien respecté de la tradition romaine. Il représente le pouvoir consultatif
et décisionnel. La décision du sénat s’appelle sénatus-consulte. Ses membres
donnent des conseils et émettent leurs avis aux magistrats élus.
Si la république
est menacée, le sénat pourrait
ordonner la suspension de toutes les magistratures, c’est pour sauver la
république. Le sénat peut aussi intervenir dans la politique étrangère : il
reçoit les ambassadeurs et les
délégations des Etats étrangers et décide de l’envoi d’ambassadeurs romains à l’étranger.
v Cicéron (106 – 43 av. J.C) :
Cicéron est
un citoyen romain issu de la bourgeoisie italienne. Pour Olivier Nay, Cicéron
est également l’un des plus illustres figures de la pensée politique romaine.
Profondément humaniste, accordant une place essentielle à la morale, sa
réflexion est aussi l’un des plus belles expressions de l’esprit juridique et
du souci d’universalité qui dominent les débats politiques sous la République.
C’est par la force de sa philosophie et de ses convictions politiques que
Cicéron s’est imposé comme l’un des premiers intellectuels de la République
romaine. Sa
démarche
scientifique se caractérise par une tendance intellectuelle à exalter les
expériences historiques, à en faire des repères pour l’avenir.
Comme l’a bien
noté Thomas Guard, Cicéron, par sa participation aux affaires publiques de la
République finissante, placé aux plus hautes charges, est un homme d’action. Il
attire à de multiples reprises l’attention du lecteur sur la nécessité
d’inventer une historiographie latine et affirme être en mesure d’assumer cette
tâche.
Dans son livre
(De la république, livre I), il a exposé son point de vue quant à la raison
d’être d’un Etat et plus particulièrement à la raison d’être d’une république.
A l’instar de Platon, Cicéron exige que l’homme d’Etat soit sage. Pour diriger
la cité, les gouvernants doivent aussi avoir une expérience concrète du pouvoir
et maîtriser tous les savoirs relatifs aux lois, aux constitutions, aux
ressources publiques, à l’administration et à l’organisation des armées.
Le premier
problème que se pose, en effet, Cicéron est celui de la culture et l’idéal et
également celui d’un savoir à la fois universel et approfondi. Il a concilié
les exigences de la pratique politique et les résultats de la spéculation
philosophique. Pour Cicéron, la philosophie est une médecine de l’âme.
Il a recommandé
d’éduquer tout homme pour obtenir un personnage politique parce que, selon lui,
l’homme d’Etat est un éducateur qui doit lui-même recevoir une formation
universelle.
La pensée de
Cicéron revêt une importance considérable dans la mesure où il était le premier
à tenter de concilier les exigences de la pratique politique et les résultats
de la spéculation philosophique. A l’âge de 30 ans, Cicéron s’est lancé dans la
politique. Il était élu questeur (magistrat en charge du Trésor public) en
Sicile. Lors de son parcours politique, Cicéron a entrepris de fournir à son
pouvoir un fondement moral et un programme politique qui repose sur la notion
de consensus. Parce que sans consensus, il n’est pas possible de voir l’action
politique
couronnée de succès. Pöschl Viktor remarque que, suivant Cicéron, le consensus
s’exprime dans le jeu équilibré des trois éléments constitutifs de la
constitution mixte : la magistrature, le sénat et le peuple. A l’instar de
Platon, Cicéron demande aux hommes politiques de ne jamais prendre une décision
en ne tenant compte que d’un groupe déterminé, mais de toujours considérer
l’ensemble.
Dans un
discours, Cicéron a exposé sa pensée profonde : « aucun ordre démocratique ne peut survivre sans une certaine mesure de communauté. Celle- ci peut s’exprimer
sous forme de consensus sur le fond
ou formellement sous forme de respect,
voire d’amitié entre les membres des différents partis. Tout cela est de
nécessité vitale pour notre Parlement. Sinon le Parlement n’aurait pas de
dignité démocratique ».
Cicéron a
souhaité un consensus, c'est-à-dire le rassemblement de tous qui, quelle que
soit leur origine social, s’accordent sur certains principes modérés. Il
s’ensuit que le meilleur modèle de constitution est la constitution mixte qui
offre à la fois des traits monarchiques, aristocratiques et démocratiques. Il a
plaidé pour une entraide équilibrée parce que la concorde entre citoyens est le
fruit d’une attitude active faite de compensation où l’équilibre est présent.
Selon Cicéron, la personne humaine, située au centre d’un réseau social, doit
se comporter en apportant à chacun ce qui lui est dû. La pensée de Cicéron
s’est inspirée de Platon et du Stoïcisme.
Le stoïcisme est
un courant philosophique grec dont la finalité est le bonheur individuel. Ce
dernier repose aussi sur l’acceptation de ce qui ne dépend pas de nous. Partant du postulat « ce qui trouble les
hommes ce ne sont pas les choses
Le projet
politique de Cicéron fondé sur le consensus et l’équilibre est subtil : il a pour but de réaliser l’équilibre entre la vertu,
la richesse et le nombre.
Selon
les analyses de
Menouni, Cicéron en effet, semble indiquer que la Constitution mixte vise à
intégrer en un seul régime, des composants
monarchiques, aristocratiques et démocratiques.
L’unité ainsi obtenue est renforcée par la prédominance de la classe moyenne.
Celle-ci assure la stabilité du
gouvernement et représente le « juste milieu », remède à tous les excès.
Cicéron recherche
dans le régime mixte la meilleure manière de diriger la cité. Ce régime le plus
proche de l’équilibre idéal qui implique que les gouvernants gouvernent dans
l’intérêt des gouvernés. Le souci majeur que porte Cicéron est de fonder un
Etat régi par le droit. D’autant qu’il conçoit la République comme une isonomie
(égalité juridique et politique des
citoyens). Selon Olivier Nay, la République doit promouvoir une répartition «
équilibrée » des droits et des devoirs, qui sanctionnent à la fois des
individus et protègent les droits des gouvernés. Il s’agit, d’un côté, de reconnaître les différences d’aptitude et de rang mais aussi, de respecter
l’égalité formelle des droits civiques.
Il s’ensuit que
Cicéron a établi un lien causal entre l’égalité et la liberté. Selon cet
auteur, elles vont de pair car si les gens sont égaux, ils seront aussi
libres. On voit toujours les gens se
diriger vers un état de liberté quand ils s’opposent et pas inversement. C’est ainsi qu’il a plaidé pour la liberté
qui permet au peuple de gérer la cité contre les riches au lieu de s’empresser
de céder. C’est la dynamique du peuple qui sous-tend le commandement de la cité
par le peuple.
Il a critiqué
les sénateurs qui ont fait passer leurs intérêts avant ceux de la cité. Ils ont
créé de l’instabilité. Pour Cicéron, le droit et la justice sont le gage de la
paix et de la bonne marche de la cité. Celle-ci est une association de droit
des citoyens autour d’une communauté d’intérêts.
v Polybe (probablement 208 – 126 av. J.C) :
Il est
d’origine grecque, à 16 ans pris en otage par les romains lorsqu’ils font la
conquête de la Grèce. Il fit une étude approfondie de la politique et l’Etat
militaire. Il a admiré le modèle de Sparte, et s’est consacré à l’étude des
bouleversements de son temps car il était animé par le souci de comprendre
l’efficacité des mécanismes de la conquête et les conditions de l’hégémonie
romaine.
Pour Marie-Rose
Guelfucci, C’est en homme d’État devenu pour l’essentiel observateur actif et
historien qu’il donne, sur le mode platonicien et après une référence homérique
aux voyages d’Ulysse, sa définition du seul historien capable selon lui
d’écrire l’histoire, l’homme qui a une expérience de l’action (XII, 28, 2-5),
et il est le premier à avoir cette exigence. Il n’y détermine pas seulement des
compétences, mais pose très précisément le problème de la relation particulière
et nécessaire à ses yeux entre action politique, enquête historique et écriture
de l’histoire.
Polybe est
devenu observateur actif et historien. Il allait poser très précisément le
problème de la relation particulière et nécessaire
entre action politique, enquête historique et écriture de l’histoire. Selon
Polype « Platon affirme que les affaires
humaines n’iront bien que quand les
philosophes seront rois ou les rois seront philosophes, je dirais (Polype)
volontiers, moi aussi, que les affaires de l’histoire n’iront bien que si les
hommes d’Etat se mettent à
écrire l’histoire ».
Dans cette
perspective, l’histoire est destinée à « comprendre (et) grâce à quel type de régime, Rome a conquis en moins de 53 ans l’hégémonie sur le monde habité
». Polype cherche la clé de la
supériorité romaine et la grande question à laquelle il a essayé
de répondre est : «
comment et grâce à quelle forme
de
gouvernement
l’Etat romain a réussi à dominer la terre entière en si peu de temps ? Quel est le secret de cette
supériorité ? ».
Polype explique
l’hégémonie romaine par le but de conserver ce qu’elle possède ou de préserver
son indépendance. Il en va de même que cette hégémonie nourrit chez les romains
des ambitions plus vastes. L’auteur pense que rien n’est plus beau et plus
impressionnant que de commander beaucoup d’hommes, d’établir son pouvoir, son despotisme,
sur beaucoup de gens, d’attirer sur elles tous les regards et de voir que le
monde entier vient déférer à ses volontés.
Dans une
remarquable analyse, l’éminent historien Paul Veyne, a décrit Polype comme le
Thucydide de l’impérialisme romain et son génie théorique égale à celui de
l’historien athénien. Il explique les étapes de l’impérialisme romain par des
changements de mentalité collective consécutifs à des augmentations en
puissance.
Polype est
l’héritier de Thucydide par son exigence de causalités rationnelles,
c'est-à-dire la primauté accordée aux événements politiques et militaires.
Sa méthode historique se
caractérise par :
-
La recherche de l’information.
-
L’esprit critique car, il ne
suffit pas d’être témoin d’un fait pour être crédible. Encore faut-il être
capable de comprendre la scène à laquelle on
assiste, ce qui suppose un minimum d’expériences tantôt politiques,
tantôt militaires.
L’histoire des
faits devient l’une des façons de se forger une expérience pour éviter de
reproduire les erreurs du passé. Pour Polype, l’histoire ne se réduit cependant
pas à une énumération de faits, même véridiques, il faut expliquer, montrer les
liens entre les événements et surtout dégager les causes.
On pourrait dire
également que Polybe n’a pas choisi le sujet de ses histoires, celui-ci s’est
imposé à lui. L’auteur s’est trouvé face à un phénomène exceptionnel ; la
conquête de presque tout le monde par les romains.
Pour Polype, ce
sont les forces morales de Rome qui furent sa discipline militaire, son énergie
et la continuité des vues du sénat. A cela, il faut ajouter aussi la logique
préventive qui a obligé les romains à former leur empire sans le vouloir, par
les moyens de guerres défensives. Ces dernières expliquent en grande partie
l’impérialisme défensif adopté par les romains dans le but de répondre à une
menace contre la sécurité de l’Etat.
Or, Polype s’est
intéressé aux régimes mixtes, c’est comme Aristote, il estime que «
l’efficacité, la force et la
stabilité se trouvent dans la combinaison d’éléments compensateurs. Le meilleur
gouvernement c’est celui qui combine les différentes formes pures de
gouvernement ». Il a combiné monarchie, aristocratie et démocratie. Ainsi, il rejoint Aristote en estimant que le
meilleur régime est obtenu à Sparte, également à Carthage mais surtout à Rome
où il a cru trouver l’exemple parfait de régime mixte.
Ce régime mixte
est réductible à une sorte de compensation mutuelle, une complémentarité et
aussi un équilibre naturel et stable entre trois pouvoirs :
-
Les consuls : ont le pouvoir
militaire absolu en dehors de Rome, ils ont un pouvoir d’application de toutes
les lois. Sans eux, il ne se passe rien et ils
ont autorité sur tous les autres magistrats. Si
on regarde les pouvoirs du sénat, on a l’impression d’être devant une
assemblée aristocratique.
-
Le sénat : ont le pouvoir
militaire absolu en dehors de Rome, ils ont un
pouvoir d’application de toutes les lois, sans eux ils ne se passent rien et ils ont
autorité sur
tous les autres magistrats. Si on regarde les pouvoirs du sénat, on a
l’impression d’être devant une assemblée aristocratique.
Il importe de
rappeler que Montesquieu a repris cet équilibre pour nous expliquer qu’aucun
des trois corps ne peut prédominer sur les autres. Le jeu de la tripartition
permet, selon Montesquieu, de se débarrasser de si grands périls et faisait de si grandes choses. Selon
Marie-Rose Guelfucci « Tous deux ( Polybe et Montesquieu) admettent, en effet,
que l’équilibre politique doit compter avec les divisions et les intérêts
contraires qui traversent le corps politique et
ne peut donc être que paradoxal (Histoires VI, 18 et 18, 7-8 en particulier, Considérations IX). À
la fin du chapitre IX des Considérations, Montesquieu, réfléchissant sur
l’évolution des grandes puissances que sont Rome, Carthage, Athènes, les
républiques italiennes, l’Angleterre, donne une loi générale qui exige l’effort
: « En un mot, un gouvernement libre, c’est-à-dire toujours agité, ne saurait
se maintenir, s’il n’est, par ses propres lois, capable de correction. » Plus
important, c’est même dans ce jeu des forces et
des structures de l’État qu’il
voit le signe de la vraie liberté politique, harmonisation de toutes les
dissonances ».
- Bibliographie
-
Edouard Will, Le Monde grec et l'Orient, Le Ve siècle (510-403), PUF, 1972.
-
John Cooper, « Socrate et la philosophie comme manière de vivre », in
Etudes Platonicienne, n°/2007, p. 297-321
-
Marie-Rose Guelfucci, «
Polybe et Montesquieu : aspects d’une réflexion sur le pouvoir », in Anabases, n°4/2006, p. 125-139.
-
Marie-Rose Guelfucci, «
Polybe, le regard politique, la structure des Histoires et la construction du sens », in Cahiers des études anciennes, volume XLVII | 2010, p. 329-357.
-
Paulin Ismard, L'événement Socrate, éditions Flamarion, Paris, 2017.
-
Pöschl, Viktor, « Quelques
principes fondamentaux de la politique de Cicéron », Comptes rendus des séances de l'Académie
des Inscriptions et Belles-Lettres, Année
1987 131-2 pp. 340-350.
-
Terence Marshall, « Leo
Strauss, la philosophie et la science politique », in Revue française de science politique, Année 1985 35-4 pp. 605-638.
-
Thomas Guard, « Cicéron : l’orateur, l’histoire et l’identité romaine », in
Cahiers des
études anciennes, volume XLVI | 2009, p. 227-248
-
Veyne Paul, « Y a-t-il eu un
impérialisme romain ? », in Mélanges de
l'école française de Rome, Année 1975 87-2 pp. 793-855.
-
Yves Charbit, « La Cité platonicienne :
histoire et utopie », in Population,
2002/2
(Vol. 57), p. 231 à 260.
-
« L’exaltation du régime
mixte par Polybe » publié par l’Université Paris Dauphine, Cf. site : https://www.studocu.com/fr/document/universite-
paris-dauphine/histoire-des-idees/notes-de-cours/lexaltation-du-regime-
mixte-par-polybe.
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