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Histoire de la pensée politique


Histoire de la pensée politique classique Semestre 5 (droit public : section française)


Histoire de la pensée politique



Introduction générale : Qu’est-ce que l’histoire des idées politiques ?

 

Les idées politiques reposent sur les représentations que chacun se fait de la politique, qu’il s’agisse de la constitution de la société politique, de la manière selon laquelle elle devrait être organisée, de l’organisation du pouvoir, et des conditions de son exercice

L’histoire des idées politiques étudie l’ensemble des connaissances relatives à la légitimité et aux fins du pouvoir. Elle s’intéresse aux savoirs très divers traitant du gouvernement, du bien commun, de la justice et de la paix. Elle interroge également les conceptions philosophiques, doctrinales ou idéologiques à partir desquelles sont déterminées les fonctions et les responsabilités de ceux qui gouvernent.

En effet, la définition de la pensée politique ne peut être séparée de celle de la politique. Aristote est le premier qui a défini le politique par l’Etat. Cette définition est la plus ancienne et la plus simple selon A. Menouni, parce qu’elle représente l’avantage d’être précise et également centrée sur ce qui constitue l’essence de l’activité politique.

L’histoire des idées est en même temps l’histoire sociale du politique qui s’organise autour de rationalités politiques, de cadres cognitifs et de systèmes de valeurs qui donnent une intelligibilité au monde social en permettant aux acteurs sociaux d’intervenir dans la société.

Les idées ou pensées politiques ne sont pas indissociables des intentions particulières des auteurs qui les utilisent pour penser la société dans un contexte discursif. C’est ainsi que la réflexion savante n’est donc pas seulement une production subjective. Elle doit être conçue comme une pratique sociale s’inscrivant dans un environnement linguistique et historique particulier. Cela veut dire que les concepts n’existent qu’en rapport avec les représentations


dominantes et les perceptions des enjeux au contexte social et intellectuel dans lequel ils sont mobilisés.

Les idées politiques sont de formidables révélateurs d’un état de la société à un moment donné.

Les idées politiques dépendent des théories ou doctrines qui déterminent les sources de notre réflexion. Le terme « doctrine » sera entendu, dans un sens exclusif, comme celui de l’ensemble de dogmes/principes religieux ou philosophiques qui dirigent l’Homme dans l’interprétation des faits et dans la direction de sa conduite.

L’adjectif ‘’politique’’ issu du mot grec ‘’polis’’ signifie ‘’ cité’. Il se rapporte aux choses de la cité. En revanche politica désigne chez Aristote « tout ce qui concerne la polis, qui représente l’organisme naturel dans lequel l’homme peut mesurer sa vie heureuse’.

o Qu’est-ce que la ‘’polis’’ ?

 

C’est une organisation politique et sociale structurée par des normes et lois élaborées par la réflexion et la sagesse des hommes orientés vers le bien commun. Le miracle grec s’inscrit dans cette évolution.

La cité grecque est : la ‘’polis’’, c'est-à-dire une communauté d’animaux politiques réunis par un choix de vie commune.

Pour A. Menouni, la cité est aussi un territoire formé d’une grande ville et de la campagne environnante. C’est donc un cadre géographique réduit dont l’exemple nous est donné par Athènes, Sparte ou Thèbes. Historiquement, elle  se présente comme le produit d’une longue évolution qui a fait émerger une forme d’Etat dont la caractéristique la plus importante est d’être  parvenue à créer entre les éléments qui la composent des liens étroits qui s’expriment


notamment par un patriotisme civique. Ce civisme s’est reflété dans la pensée politique par l’emprise de la cité et par le primat du politique.

Ainsi, la ‘’polis’’ est comprise comme une communauté d’ayants droit, libres et autonomes. Elle signifie :

o   une entité politique

o   le cadre de l’émergence du politique

 

La cité grecque a été considérée par H. Arendt philosophe allemande comme le seul lieu où le terme ‘’politique’’ avait vraiment un sens.

Il importe de souligner à cet égard que la pensée grecque a une visée normative car elle cherche les principes sur la base desquelles la société devrait être structurée. La volonté des individus de se placer sous une loi commune constitue le critère fondamental de définition de la ‘’polis’’. Ce qui explique pourquoi la cité (polis) devient la source fondamentale du droit et de la morale.

La raison grecque est la fille de la polis qui a entrainé une historicité nouvelle selon le philosophe Husserl.

L’histoire politique classique ne peut être envisagée indépendamment de l’histoire de la constitution de la cité (polis). Cette dernière a ouvert définitivement un horizon de rationalités. D’autant que les discussions, les débats qui ont caractérisé la société grecque favorisent l’accumulation de savoirs. La pensée grecque est loin de cloisonner les disciplines. En d’autres termes, elle mêle les sciences, la religion et la politique.

o   L’espace public grec

 

Agir dans le domaine public donne à l’homme agissant la possibilité de passer à l’immortalité. L’espace public grec se caractérise par la prévalence de la parole comme instrument de pouvoir. Ce qui nous renvoie ici à l’agora comme espace d’argumentation contradictoire entre des citoyens égaux.


Selon Olivier Nay, la philosophie grecque a inventé de nombreuses notions politiques qui nous semblent aujourd’hui commune : l’égalité, la citoyenneté, la liberté, le droit, la loi, la participation politique. Le premier trait constitutif de la vie politique grecque est l’importance donnée à l’argumentation et au  débat dans la conduite des affaires publiques. Ainsi, la parole devient l’outil par lequel il est possible de discuter et démontrer la justesse d’une idée. Il en résulte que la politique devient un « art » fondé sur la confrontation libre des arguments et la force du raisonnement.

En effet, la cité démocratique grecque procède de la parole. Ses caractéristiques les plus essentielles sont : l’instauration d’un  corps social composé d’égaux  et la constitution d’un espace profondément horizontal.

La parole, le débat et le dialogue constituent à cet égard des mécanismes politiques et sociaux de la démocratie grecque. Et l’agora en constitue le lieu ainsi que le symbole qui incarne les valeurs fondamentales de cette démocratie. L’agora est déterminé par des pierres sur lesquelles est inscrit : « je suis la frontière de l’Agora ». Les citoyens se réunissent sur l’agora une fois par an afin d’évaluer le travail des magistrats et punir ceux qui abuseraient de leur pouvoir.

En accordant un rôle essentiel à la parole et au débat, les Grecs ne font pas que recourir à une nouvelle technique de gouvernement. Ils mettent la société en discussion. Celle-ci devient l’objet d’une réflexion commune. Pour Olivier Nay, avec l’émergence de la cité, c’est donc la conception même de la vie sociale qui a évolué : la communauté s’incarne dans un projet commun établi par la raison.

Cependant, l’espace public grec, qui est un espace de liberté, excluait d’emblée les deux premiers types d’activités : travail libre (commerçant ou artisan) ou travail par violence (esclave).  La liberté est ainsi définie  comme la libération  de l’homme de toute nécessité imposée par son humanité.


Force est de rappeler que la société grecque est une société de classe fortement hiérarchisée où l’esclavage joue un rôle considérable. Dans la cité athénienne, pour chaque citoyen libre, on comptait au moins 18 esclaves.

Il convient de noter également que les auteurs grecs ont considéré l’esclavage comme un phénomène naturel et devrait être justifié. Ainsi, Aristote avait affirmé qu’ « esclaves et animaux domestiques nous apportent l’aide de leurs corps pour les besoins indispensables ». Aristote estime que l’esclave est comme une sorte de propriété et que tout homme au service d’autrui est comme un instrument.

·        La démocratie athénienne

 

Pour A. Menouni, le régime démocratique qui triomphait à Athènes, succéda à  la monarchie et à l’aristocratie. Il se présentait historiquement comme l’aboutissement de violentes luttes sociales et politiques qui ont opposé les petits paysans endettés et contraints de travailler sur leur propres terres comme fermiers, aux grands propriétaires fonciers qui ont accaparé les meilleurs terres.

Ces éléments ont contribué au recul de l’idéal aristocratique. Il s’ensuit que la croyance dans les valeurs héritées de l’ancien régime s’est dévaluée au profit d’une conception de la cité fondée sur la démocratie. Celle-ci vise la réalisation d’un gouvernement juste.

Le mot démocratie vient de deux mots grecs : démos (le peuple) et kratos (le pouvoir). Pour Hérodote (historien grec 470-315 avant J.C) « l’Etat démocratique doit s’appliquer à servir le plus grand nombre : procurer l’égalité de tous devant la loi, faire découler la liberté des citoyens  de  la  liberté publique ».


Quant à Périclès, la démocratie est un type nouveau de société qui assure la prépondérance politique du peuple, mais surtout la liberté individuelle (,) et la promotion de la raison.

Périclès, qui fût un stratège (une sorte de Premier ministre), a consolidé les institutions démocratiques de la cité athénienne en facilitant l’accès de tous les citoyens aux responsabilités politiques. Pour encourager les citoyens les plus pauvres à participer à la vie politique, Périclès a créé une indemnité.

Pour Périclès, l’égalité devrait être promue au rang des valeurs fondatrices de la démocratie athénienne. Parce que cette valeur (égalité) constitue un obstacle à un éventuel retour au régime oligarchique. Le principe d’égalité a une portée historique, concret, en relation avec les luttes sociales qui ont donné naissance au régime démocratique. L’égalité autant que la liberté sont politiques dans la mesure où c’est « le mérite bien plus que la classe qui fraye la voie aux  honneurs publics. Nul, s’il est capable de servir la cité, n’en est empêché par la pauvreté » selon Périclès.

Olivier Nay voit que la naissance de la démocratie athénienne allait donner naissance à un nouvel horizon moral de la vie politique, en la fondant sur les valeurs de liberté et d’égalité, sur la recherche plus générale de la justice. Elle constitue un point de référence essentielle dans la constitution de la démocratie moderne.

La mise en place de ce modèle démocratique athénien n’était possible sans la contribution majeure des stratèges (Premier ministre) qui ont succédé au pouvoir. Ils ont adopté une série de mesures réformatrices qui était à l’origine de la démocratie athénienne.

Parmi les grandes réformes qui ont institué la démocratie dans la Grèce :


·        les réformes de Dracon : le droit est désormais écrit et donc connaissable par tous ceux qui ont appris à lire. Ces réformes ont permis aux citoyens de former des recours auprès de l’Aréopage (institution politique qui veille au respect de la constitution) à l’encontre des magistrats.

·        les réformes de Clisthène qui a institué la communauté politique sur la base d’une nouvelle redistribution territoriale. Les anciennes structures politiques fondées sur la richesse et les groupes familiaux furent remplacées par un système de répartition territoriale. Un citoyen athénien ne se définit désormais que par son appartenance à un dème, c'est-à-dire une division administrative de la Grèce moderne. En s’appuyant sur l’idéal d’isonomie (égalité arithmétique), Clisthène reconnait à tous les citoyens un droit égal à participer aux institutions de la vie publique (assemblées tribunaux). Il institue à cet égard une assemblée du peuple (l’ecclésia) qui devient, l’un des principaux organes de pouvoir dans la cité.

·        les réformes de Solo : Selon Olivier Nay, ces réformes constituent la première volonté de rupture avec le monde ancien. Elles recourent explicitement au principe d’eunomie (égalité proportionnelle), surtout elles aménagent concrètement la Constitution d’Athènes dans un sens favorable à la reconnaissance d’une pluralité des forces politiques, seule voie possible pour imposer la justice. Solo installe dans ce but un conseil de quatre cents membres disposant d’amples pouvoirs. Surtout, il édicte des conventions écrites qui deviennent de véritables lois générales : il s’agit clairement pour Solo, de mettre fin aux rapports de force par une législation (le nomos) devant être respectée par l’ensemble des citoyens.


 

o Qu’est-ce qu’on entend par magistrats ou stratèges ?

 

Ces derniers détenaient le pouvoir exécutif. Ils géraient les affaires courantes et appliquent des lois. Les magistrats devraient exercer leur pouvoir de manière collégiale et jamais de manière individuelle. Des restrictions sont maintenues dans l’accès aux magistratures les plus élevées (comme par exemple stratèges) pour lesquelles la sélection s’appuie sur le mérite (c'est-à-dire la richesse et la compétence). Les citoyens les plus pauvres ne peuvent jamais accéder aux hautes responsabilités.

 

 

Ø Le système institutionnel grec

 

Le système institutionnel grec était composé de plusieurs institutions qui détenaient des rôles législatifs, exécutifs et judiciaires. Le modèle démocratique se caractérise par la participation directe des citoyens qui sont souverains absolus de tout ce qui concerne la cité. La démocratie athénienne a établi un régime d’assemblée où l’Ecclésia était le lieu où se concentre la légitimité du système politique et dont dépendait l’organe exécutif.

1.      Ecclésia :

 

Cette institution est chargée de discuter les lois et les voter. Elle décide aussi des dépenses publiques, comme elle prend les décisions concernant les traités de paix et les guerres. Elle élit les dix stratèges qui sont aussi des magistrats élus pour un an et qui dirigent la cité. L’assemblée est ouverte à tout individu majeur, né de père et de mère athéniens. Elle comptait théoriquement 20.000 membres payés pour leur présence.

Les compétences de l’ecclésia sont très larges et s’étendent à plusieurs domaines :


§  Elle contribue tout d’abord à l’exercice du pouvoir exécutif. Elle reçoit des ambassadeurs, envoie des chargés de mission, étudie les rapports et définit l’objet de leur mission. Elle destitue les stratèges ou autres officiers. Elle décide de l’emploi des ressources, fixe les droits de douane, ordonne la levée de l’impôt.

§  Ses pouvoirs législatifs sont aussi plus étendus. L’ecclésia peut fixer des limites même à la liberté. Selon les analyses de A. Menouni, l’exemple le plus connu est celui de l’ostracisme. Celui-ci consistait dans le fait qu’un homme dont l’influence était jugée dangereuse pour le régime démocratique, pouvait être exilé pour dix ans, sans perdre toutefois ses biens et son statut de citoyen. L’ostracisme institué par Clisthène était destiné à s’opposer à un éventuel retour à la tyrannie.

 

 

2-  La Boulé

 

La Boulé est composée de 500 Membres. Elle est souvent appelée « Conseil des Cinq-cents ». Sa mission fondamentale est de préparer les lois et les soumettre à l’Ecclésia. La Boulée examine les projets de loi, et exécute les décisions de l’Ecclésia. Les membres de cette institution sont appelés les Bouleutes qui représentent les dix tribus composant la société athénienne. Elle reflète ainsi la diversité du peuple athénien. Selon Edward Will, il considère la Boulée comme une « une machine à éliminer les influences et à faire triompher le sens commun du démos, et le meilleur garant de la démocratie ».


3-     Les stratèges

 

Les stratèges apparaissent à la fin du VIe siècle av. J.-C. ils étaient d'abord des chefs militaires placés à la tête des bataillons d'infanterie. Le stratège est un général et a le rang d'officier le plus élevé. Au fils des ans, ils prirent des fonctions proprement politiques qui leur avaient permis de présenter directement des projets à l’assemblée du peuple et les faire voter. Bien qu’élus et contrôlés par l’ecclésia, leur position / institution leur permettait d’assurer une clientèle politique.

Ce qui les distingue des autres magistrats, c'est qu'ils sont élus par l'ecclésia et non pas tirés au sort. Ils étaient au nombre de dix (élus par l’ecclésia). Les titulaires sont le plus souvent désignés selon leurs capacités, mais aussi selon leur influence dans la cité ou leur appartenance à une grande famille. À Athènes, 10 stratèges étaient élus annuellement. Ce sont des magistrats militaires, chargés de gérer les affaires publiques, politiques et militaires de la cité. Leur rôle était équivalent à celui du chef de l'État. Périclès est sans aucun doute le stratège le plus connu du 5e siècle av. J.-C.

4-  l’Héliée

 

Il s’agit d’un tribunal populaire composé de 6000 citoyens âgés de plus de 30 ans et répartis en dix classes de 500 citoyens choisis par un tirage au sort chaque année pour devenir héliastes. L’héliée détient le pouvoir judiciaire. Pour siéger dans ce tribunal institué par Clisthène, il faut être athénien, de sexe masculin et âgé de 30 ans, avoir manifesté de l’intérêt pour ces fonctions en se portant volontaire.

Les juges ou héliastes sont tirés au sort pour une année. Ils sont au nombre de 6 000 et répartis en 12 sections de 500 membres. Chaque matin, une section est tirée au sort pour juger une des affaires de la journée.


L'Héliée, qui remplit une fonction judiciaire, est également chargée de vérifier  la constitutionnalité de chacune des décisions prises par L'Ecclésia. Elle a le droit d'invalider un projet de loi. Les verdicts de cette institution sont sans appel et immédiatement exécutoires.

5-  L’Aréopage

 

C’est une institution politique qui a procédé à l’avènement de la démocratie athénienne. L’Aréopage est formé d’anciens nobles riches et (traditionnellement) elle est l’institution athénienne la moins démocratique et la plus aristocratique. L’Aréopage est traditionnellement composé des membres qui ont déjà rempli les magistratures les plus importantes.

Son but premier est de conserver les lois, c'est-à-dire de veiller au respect de la loi. Cette institution était une survivance des institutions judiciaires de l'époque pré-démocratique. Les réformes de Solon et surtout celles de Clisthène l'avaient privée de presque toutes ses prérogatives politiques et ne lui avaient laissé qu'une partie de ses fonctions judiciaires. Tout au long du V° siècle, ce tribunal perdit petit à petit toutes ses prérogatives au profit de l'Héliée.

o La citoyenneté athénienne

 

La naissance de la citoyenneté athénienne signifie le passage de la royauté au citoyen de la cité qui ne considère plus les individus comme « sujets » mais plutôt comme des hommes égaux et titulaires de droits et de devoirs. Ce qui fait le citoyen, c’est son appartenance à une communauté civique. Comme l’a bien expliqué Olivier Nay, Cette conception de l’individu est totalement révolutionnaire pour l’époque, car elle rompt avec la vision des temps anciens, celle des mythes et des récits homériques qui exaltaient la supériorité des

« héros ». Elle implique de considérer tous les individus de façon abstraite, à partir des liens qui les unissent.


Cependant, les citoyens ne représentent que 10% de la population de la cité d’Athènes. Depuis les réformes de Clisthène en 507-508 avant J.C, pour être citoyen, il faut :

-                   être un homme libre ;

-                   avoir un père athénien ;

-                   être inscrit à l’âge de 18 ans sur les registres de dému ;

-                   avoir fait son éphébie : pour devenir citoyen athénien, il faut effectuer un service militaire qu’on appelle l’éphébie. Parce que les citoyens sont avant tout les premiers défenseurs de la cité. Leur première obligation est de défendre la cité contre toute menace extérieure.

On remarque que les naturalisations sont rares à Athènes. Elles sont obtenues en récompense de grands services rendus à la cité par des étrangers qu’on appelle métèques. Ces derniers, bien qu’hommes

« libres » et également bien intégrés à la vie sociale, ont de nombreux devoirs (acquitter l’impôt, servir l’armée, etc.) mais ils bénéficient à l’inverse de peu de droits (ils n’ont pas le droit de vote).

En fait, la démocratie athénienne n’a profité qu’à une minorité de citoyens. C'est-à-dire les citoyens les plus riches qui représentent les grands propriétaires terriens car ils disposent de temps libre pour assister aux assemblées, grâce aux travaux de leurs esclaves et leurs métèques.

Pour Yves Chenal, c’est «en raison des avantages qui allaient de pair avec le fait d'être citoyen, les Athéniens se sont toujours efforcés de limiter le nombre de gens qui pouvaient le devenir. En 451, Périclès, le grand dirigeant athénien, fait voter une loi exigeant d'être né d'un père citoyen athénien et d'une mère fille de citoyen, mariés, pour devenir citoyen athénien : jusque-là il suffisait d'un père citoyen, mais le nombre de citoyens augmentait trop vite. Cette mesure montre


aussi que les femmes, bien qu'elles ne soient pas citoyennes de plein droit, font néanmoins partie de la communauté civique ».

La citoyenneté confiait un pouvoir politique et également une protection judiciaire (les citoyens ne peuvent ni être torturés ni être condamnés à la  torture). Les citoyens disposent aussi d’un avantage économique : seuls les citoyens pouvaient avoir une propriété foncière.

Mais, le paradoxe de la démocratie grecque est que les femmes, les esclaves et les météques (c'est-à-dire les étrangers) sont exclus de la participation politique. La majorité des autres citoyens sont des paysans et des artisans. Ils sont incapables de participer aux activités des institutions politiques parce qu’ils n’ont souvent ni le temps libre ni les moyens. C’est ainsi que Périclès va verser une indemnité aux citoyens pauvres qui viennent à l’Ecclésia.

v Socrate (470/469 – 399 av. J.C)

 

Socrate est un philosophe du Vème siècle avant J.C. Il est connu comme le créateur de la philosophie morale. Il n’a laissé aucun écrit, mais sa pensée s’est transmise par ses disciples notamment Xénophon et Platon. Pour Jacques Han (sa thèse de doctorat : la structure de Socrate selon Platon) Socrate n’a rien écrit, il a seulement parlé, alors que Platon a écrit.

o Son approche maïeutique

 

Socrate adopte une attitude faussement naïve. Il interroge ses interlocuteurs de manière qui les mettent eux-mêmes en question. Selon Socrate, faire de la philosophie, c’est apprendre à mettre en question les ‘’certitudes’’ et les valeurs qui dirigent notre propre vie. En d’autres termes, le savoir philosophique n’est donc pas seulement une connaissance abstraite, mais il est inséparable d’un véritable travail sur soi-même.


Selon Jacques Han, Socrate soumet tout le monde à examen, particulièrement  les hommes politiques, les poètes et les artisans en montrant leur ignorance, en les ironisant et en leur faisant honte publiquement.

La démarche philosophique de Socrate se caractérise par une forme de souci de soi. D’autant qu’il a considéré que la première chose qu’il faut connaître est ce que l’on est soi-même : « Connais-toi, toi-même ». Cela veut dire que le savoir n’est pas un contenu immuable et achevé qui serait transmissible directement  par l’écriture ou par n’importe quel discours. Dans le discours de Socrate du

« Phèdre » la philosophie est « une réminiscence des réalités jadis contemplées par notre âme ». La philosophie de Socrate se rencontre dans le dialogue que ce dernier entame avec les citoyens. Ce dialogue constitue une occasion qui permet à Socrate d’interroger les citoyens sur ce qu’ils croient savoir et détruisent leur illusion et fausses connaissances.

Pour John Cooper, Socrate a exercé son activité philosophique comme un art de construction de soi en tant que personne. Ce qui explique pourquoi il importe d’examiner la conception que Socrate se fait de la philosophie elle-même comme manière de vivre, de la philosophie comme ce qui doit se vivre et non pas seulement comme un objet de réflexion ou de discussion.

Dans le dialogue de Platon intitulé ‘’Le banquet’’, Socrate répond à un interlocuteur qui voudrait de son savoir : « Quel bonheur ce serait si le savoir était une chose de telle sorte que, de ce qui est plein, il pût couler dans ce qui est vide ».

Socrate cherche à répondre à la question de : « Qu’est-ce que le beau ? Ou qu’est ce qui est juste ? ». Il est l’inventeur du raisonnement inductif qui conduit le regard philosophique à la prise en vue de l’essentiel. Pour Socrate, la fin consiste à connaître la vérité. Il a établi une distinction fondamentale entre : les actions justes qui sont « belles et bonnes » et l’action mauvaise qui devient dès


lors un effet de l’ignorance. L’homme mauvais apparait désormais comme un ignorant, esclave sans le savoir de ses désirs et livré sans fin au jeu contradictoire de ses impulsions. Alexander Nehamas dans son livre ‘’The Art  of living’’, a relié Socrate à Nietzche et à Michel Foucault en tant qu’ils pratiquent tous un certain « art de vivre ».

En effet, comme l’a bien décrit John Cooper, l’Apologie de Socrate de Platon suffit à nous montrer comment a pu se répandre l’image de Socrate comme philosophe qui mit un point d’honneur à vivre sa philosophie. L’Apologie nous éclaire également sur ce que Socrate entendait vraiment par philosophie comme manière de vivre. Socrate y est décrit comme ayant consacré sa vie, pendant des années et semble-t-il sans discontinuer, à s’entretenir dans les lieux publics de la cité avec quelques-uns de ses concitoyens d’Athènes. Parmi eux se trouvaient des jeunes hommes qui s’assemblaient pour l’écouter, mais aussi des hommes mûrs, établis et réputés dans la société athénienne. Ces entretiens avaient un caractère philosophique (selon le sens du terme « philosophie » quon finit par lui attribuer, et que Platon lui-même préconisait). Ils consistaient en des questions à propos de la vie humaine que Socrate posait pour débuter l’entretien, et en des questions supplémentaires qu’il formulait contre les réponses de l’interlocuteur.

Socrate affirme que la vie d’un homme à laquelle l’examen fait défaut ne vaut pas la peine d’être vécue. Cette vie doit être objet de l’approche maïeutique qui est destinée à détruire les illusions et les fausses connaissances. La bonne ou la mauvaise santé de l’âme de chacun est suspendue à l’usage ou non de sa raison qui le guide sûrement pour mener sa propre vie de la vérité.

La vérité existe mais ne peut être comprise que grâce à l’esprit critique. Socrate adopte la stratégie de rupture qui incarne la pensée libre. La morale socratique a pour fonction d’aider l’homme à sortir de soi, à se décentrer et de reconnaître le bien dans la vie publique et dans la vie privé.


o Socrate et les Sophistes :

 

Parmi les opposants de l’approche maïeutique adoptée par Socrate, on trouve les sophistes qui sont des professeurs itinérants, enseignant contre rétribution l’art d’argumenter dans les affaires publiques et privées. Protagoras est parmi les fondateurs de l’école « sophiste ».

Les seuls buts des sophistes sont : la persuasion et la puissance. Ils se  distinguent nettement de Socrate qui recherche la vérité.

Les sophistes opposent la loi à la nature. La loi n’était d’après eux qu’une convention du législateur, variable comme les mœurs et faite pour contenir les humains. En revanche il existe, selon Socrate, des lois morales et universelles, non écrites, permanentes, inscrites dans la nature, voulues par les dieux et le droit positif doit se rapprocher le plus possible de ces lois naturelles.

Lors de son procès, Socrate a refusé les procédés des sophistes. Il s’est vu investi d’une mission divine pour protéger et améliorer la cité athénienne. Socrate s’est posé en réformateur moral.

o Le procès de Socrate

 

Ce procès a été raconté par Platon dans son livre ‘’L’apologie de Socrate’’.

 

Avec son approche, Socrate a dérangé les décideurs politiques qui méprisent les intellectuels en les percevant comme des adversaires de la démocratie athénienne. Ainsi, Socrate est tenu responsable de la défaite militaire d’Athènes lors de la guerre du Péloponnèse.

En fait, Socrate était hostile aux principes fondamentaux du régime démocratique. Il apparaissait comme promoteur du gouvernement des experts alors que le régime démocratique athénien refusait la compétence technique en tant que titre à gouverner.


Socrate est connu pour louer les lois des régimes non démocratiques de Sparte. D’après les portraits laissés par ses disciples, il a épousé ouvertement certaines vues anti-démocratiques en estimant que ce n’est pas l’opinion de la majorité qui donne une politique correcte, mais plutôt le savoir, la compétence professionnelle, qualités que peu d’hommes possédaient.

En ce qui a trait au régime politique à Sparte, il était une oligarchie et le pouvoir était en fait détenu par les riches.

Accusé de corruption de la jeunesse, Socrate était un bouc émissaire. C’est à cause de sa méthode maïeutique qui était initiée par les jeunes gens de la cité, que les détenteurs des pouvoirs cherchent à se débarrasser de lui. Car sa pensée les dérange et sème le trouble au sein de la cité athénienne.

Paulin Ismard, spécialiste de la civilisation grecque et auteur de «L'événement Socrate, éditions Flammarion, Paris, 2017 », a bien noté qu’au terme de son procès, alors que les accusateurs réclament la mort et qu'on demande à Socrate quelle peine il propose, il répond qu'il doit être traité comme un bienfaiteur de la cité et à ce titre être nourri à vie au Prytanée, là où sont accueillis les hôtes de marque. Socrate adopte ce qu'on appellerait aujourd'hui une véritable "stratégie de rupture" : il y a de sa part le choix tout à fait conscient de faire de son procès, au risque de sa propre vie, le lieu d'un dissensus, d'un conflit, portant sur les fondements mêmes de la vie dans la cité. Comme le reconnaissent une partie de ses disciples, s'il avait proposé aux juges l'exil en guise de peine, celui-ci, selon toute vraisemblance, lui aurait été accordé. Par ce geste de dissidence, dont l'époque classique n'offre aucun équivalent, il a ouvert une faille à travers laquelle la postérité n'a cessé de projeter ses propres interrogations et désirs à l'égard de l'Antiquité grecque.


v Platon (424-347 av. J.C) :

 

Platon est un éminent philosophe grec, et disciple de Socrate. Agé de vingt ans, Platon a rencontré Socrate. Ce qui explique pourquoi Platon s’est détourné du chemin qui lui était destiné et s’est orienté vers la philosophie. Inspiré de la philosophie de Socrate, il a adopté l’approche dialectique. Son ouvrage « le dialogue » en constitue le meilleur exemple car Platon nous a transmis la philosophie oratoire de Socrate.

Tous les dialogues de Platon se rapportent plus ou moins directement à la question politique. Le dialogue constitue une forme dialectique de connaissance. C’est aussi une montée progressive vers le vrai, loin des illusions et des croyances imaginatives.

o La justice platonicienne

 

Dans son ouvrage la République, Platon a défini les caractères majeurs aussi bien de sa pensée politique que de son régime politique idéal. Il a défendu à cet égard une conception idéale de la gestion des affaires de la cité. Ainsi, le souci fondamental de la pensée platonicienne est de faire reposer l’ordre politique sur la Justice. En fait, l’idée de justice chez Platon se réfère à une vision morale de la politique. Elle résulte de la reconstruction complète de la cité, par la création d’un système permettant à chacun de trouver la place et le rang qui lui convient selon ses qualités et ses compétences.

La philosophie politique de Platon considère que la cité juste doit être construite sur le modèle du Bien en soi. La justice doit être comparable à la médecine,  c’est l’art qui connait et engendre ce qui est bon pour le corps humain. Selon Platon, l’idée de justice représente l’équilibre d’une âme saine où chaque partie joue son rôle et obéit à sa fonction.


La philosophie platonicienne poursuit l’approche de Socrate en associant l’analyse du gouvernement politique à une théorie générale de la connaissance. Comme pour son maître, la justice politique repose sur le savoir maitrisé de la raison. La bonne politique est celle qui considère la justice l’une des qualités morales indispensable à l’art de commandement. En ce sens, Platon a établi un lien indissociable entre « l’excellence de l’âme » et « l’art politique ». Olivier Nay a remarqué que Platon était parmi les premiers qui ont considéré les  qualités humaines et la moralité des actes comme sujet central de la politique.

Ainsi, dans l’Etat, la justice représente une harmonie et un équilibre entre :

 

-         les artisans et travailleurs ;

-         les guerriers qui défendent la cité ;

-         et les magistrats qui commandent la cité.

Ce qui précède suggère l’âme, dont dispose l’homme, en trois parties : 1- la raison permettant le savoir et l’intelligence ;

2-          le courage permettant l’affrontement ;

3-          la lutte dirigeant la reproduction et la conservation.

 

Pour Platon, il existe une inégalité dans la répartition de ces attributs. Certains sont dominés par la recherche de la gloire, d’autres par leurs talents domestiques et d’autres enfin par leur capacité à raisonner justement.

Ainsi, la justice désigne l’équilibre de la cité où les « philosophes-magistrats » commandent. Selon cette logique, chaque classe exécute la fonction qui lui est propre. Au sommet de la hiérarchie se trouve celui qui a la capacité de contempler les essences, le Bien. Platon fait du Bien non pas une idée morale mais un principe métaphysique. Son souci majeur est d’élever l’âme progressivement du sensible vers les idées qui le fondent, jusqu’à atteindre le véritable fondement qui est l’idée de bien.


 

 

En outre, la justice individuelle représente l’équilibre d’une âme saine où chaque partie joue son rôle et obéit à sa fonction. La cité platonicienne a un caractère organique incarnée par une solidarité de fonctions qui repose sur une dépendance réciproque des couches sociales. Cette dépendance favorise la mise en place d’une cité harmonieuse où chacun trouve sa place et occupe son rôle selon ses compétences.

Platon compare la cité à un bateau avec un équipage et un capitaine. Le philosophe roi est comme le prêtre qui joue le rôle d’intermédiaire entre les idées et le social. Il a plaidé pour une société hiérarchisée qui relève de l’application du Bien. Pour Platon, le régime politique idéal est une aristocratie où le savoir et la raison dominent.

Il en résulte que tous les autres régimes sont le fruit de la décadence et du désordre. Sa thèse principale est que le désordre et la tyrannie viennent des vices qui sont aussi bien sociaux qu’individuels. Les deux principaux vices sont : l’excès (excès de désir, avidité) et l’irrespect des lois. Ces vices sont dus à l’ignorance et au manque d’éducation.

o Critique de la démocratie

 

Selon Platon, la démocratie favorise l’émergence d’un homme qui ne sait plus hiérarchiser ses désirs et tout va à l’excès. Il s’ensuit qu’un renversement du rapport social s’installe ; par exemple : le maître craint ses disciples et les flatte. C’est parce que le démocrate est ignorant, intempérant, plein de passions et d’appétits, qu’il gouverne par des désirs superflus.

Le modèle démocratique devrait être remplacé par un Etat idéal gouverné par les philosophes « rois ». La méfiance de Platon à l’égard de la démocratie athénienne se développe sur plusieurs registres. Dans son ouvrage « la


République », L’auteur a constaté que « « la démocratie naît lorsque après leur victoire les pauvres mettent à mort un certain nombre d’habitants, en expulsent d’autres, et font participer ceux qui restent à égalité au régime politique et aux charges de direction. ». Yves Charbit voit que la recherche d’un système politique satisfaisant, c’est-à-dire juste, passe par l’harmonisation du tout (la Cité) et de la partie (l’individu). Platon s’attache donc à inventer des chefs idéaux, à la mesure de la Cité. Il décrit longuement les gardiens de la Cité et les vertus qu’ils devraient posséder. La principale serait la sagesse, c’est-à-dire le triomphe de la raison sur les passions, et la sagesse serait notamment acquise par la connaissance des mathématiques.

La démocratie est fondamentalement démagogique. C’est la domination de l’opinion, c'est-à-dire du langage des préjugés et de l’incompétence. Elle est aussi le lieu où tout le monde se croit compétent pour parler de tout  : chacun dit

« je pense que ». Selon Platon, la démocratie signifie aussi un régime où la majorité n’a pas toujours raison parce que le régime démocratique risque de dégénérer en son contraire. Il a évoqué les vagues promesses qui suffisent pour soulever l’enthousiasme populaire mais sans que l’on sache si celui qui les formule était capable de les tenir. Platon a comparé la foule démocratique à un

« gros animal » dont la dangerosité fait passer les désirs pour des nécessités.

 

En effet, Platon a critiqué le régime démocratique qui est dangereux parce qu’il donne un pouvoir et une liberté excessifs au peuple, dont les désirs irrationnels et impulsifs risquent de faire se dissoudre l’ordre social dans la violence. La démocratie s’appuie sur la bêtise du peuple et étend le domaine du démagogue.

Platon a considéré la démocratie comme un régime sans frein, d’égalité entre les valeurs les plus inégales. Il en résulte que l’anarchie qui s’installe crée un malaise croissant qui met en danger le régime. Plus concrètement, le meilleur régime est celui qui repose sur une division rationnelle des tâches et sur le respect de la hiérarchie des classes. Il s’agit ici d’un équilibre des puissances qui


sera assuré par la pratique des quatre conditions fondamentales : la sagesse qui est le propre des gardiens, le courage requis des guerriers, la tempérance qui doit caractériser aussi bien les artisans que les autres classes et enfin la justice en ce que chacun, artisan, auxiliaire ou gardien parfait accomplit la tâche pour laquelle il est né.

Platon a constaté que la vérité ne se décide pas au suffrage universel car la politique est un savoir et la fin de la politique est de nous faire vivre dans un monde de raison. Seul le savoir permet l’ordre et il n’est rien de pire que d’être gouverné par des ignorants. La politique est une science qui s’apparente plus  aux mathématiques, c'est-à-dire une science utile aux autres sciences. Elle est à la fois cognitive et directive.

Selon Platon, le pouvoir est conçu comme un devoir, une tâche, un service et non pas comme la satisfaction d’intérêts personnels. Pour nous expliquer cette idée, Platon allait faire appel à la pensée de Socrate qui souligne que « l’art du berger a pour essence le bien des moutons. De même, l’art politique est par essence service pour les gouvernés (…) l’injustice absolue réduirait n’importe quel groupe à l’impuissance. Le pouvoir ne peut s’exercer sans justice ».

Dans  cette perspective, la justice n’est autre que le principe de spécialisation  des tâches. C'est-à-dire à chacun la fonction qui correspond à ses compétences. Cette distribution des tâches assure la valeur au régime politique, ce ne sont pas les bonnes lois, parce que celles-ci sont en elles-mêmes des « lettres mortes », mais des hommes compétents qui sont capables de leur donner une signification.

o   La cité idéale

 

La cité idéale apparait comme le résultat d’un parcours historique marqué par la crise de la démocratie athénienne. Celle-ci a été l’objet de nombreuses critiques, notamment celles de Platon. C’est à partir de cette crise que Platon va définir la cité idéale, en définissant la nature des règles aussi bien des mécanismes qui


président au fonctionnement de l’Etat idéal. A. Menouni a remarqué que la cité idéale n’est que le résultat de l’impuissance dans laquelle se trouve l’individu isolé, de se suffire à lui-même et du besoin de mille choses que peuvent lui fournir les auteurs individus.

Compte tenu de ces considérations, Platon croit en la faisabilité de son projet politique (la cité idéale). C’est dans son ouvrage « la République » que Platon a défini les traits caractéristiques de la cité idéale.

La cité platonicienne incarne et protège la transcendance à travers l’éducation philosophique et éthique. La cité idéale, disait Platon est « peut-être située là- haut dans le ciel, comme un modèle pour qui veut la contempler et régler sur elle son gouvernement particulier ».

Dans la cité idéale, l’éducation est un monopole de l’Etat et elle ne concerne que les enfants et filles de gardiens. Les dirigeants de la cité sont nommés les gardiens. Ils sont choisis dans l’élite intellectuelle morale et physique selon une instruction poussée.

En fait, le projet platonicien appelle trois commentaires. Selon les remarques d’Olivier Nay, les caractéristiques de la cité idéale présentent tout d’abord l’avantage de dissocier d’un côté les activités permettant l’enrichissement, de l’autre les fonctions de commandement militaire et politique. L’incompatibilité du pouvoir et de la richesse est ainsi la première règle politique qui se dégage de la République. Elle a pour but d’éviter la corruption des gouvernants. Pour Platon, le mélange des classes est la source des pires injustices dans la cité.

C’est ainsi que l’une des idées les plus fondamentales de Platon est de confier le pouvoir aux philosophes qui deviennent « rois ». Il s’agit pour l’auteur de céder la direction de la cité à ceux qui maitrisent l’art politique, un art qui implique une connaissance approfondie de la nature humaine. Dans son ouvrage « Le politique », Platon identifie l’art de commander à un « art royal » qui apparaît


comme une véritable « science ». A l’image du chef de vaisseau qui doit posséder une connaissance parfaite de la navigation, le dirigeant politique doit connaître la « science du gouvernement ».

Les gardiens de la cité sont obligés de se consacrer entièrement au service de l’Etat. Ils n’ont droit ni à des richesses matérielles, ni à des distractions même légères ni à des ambitions privées. Ils ont tout en commun le logement, le repas, les femmes et les enfants.

Les femmes seront communes à tous les gardiens et à tous les guerriers, ce qui implique que les enfants seront élevés en commun par l’Etat, dans l’ignorance complète de leurs parents. Platon y voit là un élément d’unité de l’Etat.

Il s’agit en effet d’un communisme platonicien qui plaide pour le modèle de l’harmonie. Karl Popper a rendu Platon responsable du stalinisme et du nazisme. La thèse de Karl Popper est simple : Platon est le fondateur des idéologies de la société fermée et anti-démocratique. Il est aussi le premier ennemi de la société ouverte et libérale. En fait, plus que le communisme, ce qui fait l’originalité de la pensée de Platon, c’est l’affirmation d’une certaine conception organique de l’Etat. Comme l’a bien noté Menouni, celui-ci apparaît comme un organisme, ou plus spécifiquement comme un corps et une personne, dont le cerveau a comme fonction de gouverner, les membres remplissent diverses activités de l’Etat, les simples individus sont les parties de l’ensemble, les instruments nécessaires à l’exécution des ordres donnés par le cerveau.

 

 

v Aristote (384 – 322 av. J.C) :

 

Aristote est l’un des principaux disciples de Platon. Sa pensée repose essentiellement sur la logique et l’observation. Il s’est intéressé à plusieurs disciplines, comme la logique, l’éthique, la politique, la physique, etc. et passe la causalité pour un mécanisme analytique de l’action humaine.


Le but d’Aristote est d’établir une analyse empirique et expérimentale loin de l’idéalisme absolu qui a caractérisé la philosophie platonicienne. Selon Menouni, cette méthode s’explique en partie par l’expérience de la personnalité d’Aristote. Ce dernier est le fils d’un médecin qui vivait à la Cour du roi Philippe de Macédoine. Son père était considéré par les historiens, comme l’esprit le plus savant et le plus cultivé de la profession. A cela s’ajoute un second facteur : Aristote était un métèque, c'est-à-dire un étranger écarté de la vie politique. A la différence de Platon, Il n’était pas animé d’ambitions politiques. Ce qui lui a permis de se situer au- dessus des querelles de son temps en adoptant souvent l’attitude du témoin objectif et désintéressé.

Or, pour Aristote, il existe trois sortes de sciences :

 

1-           Les sciences spéculatives ou théoriques ;

2-           Les sciences pratiques qui tournent vers l’action ;

3-           Les sciences productives qui couvrent les domaines techniques et de la production.

Selon le philosophe Léon-Strauss, la distinction aristotélicienne entre les sciences théoriques et pratiques implique que l’action humaine a des principes propres connus indépendamment de la science théorique parce que l’action humaine se trouve déjà guidée, à l’intérieur du domaine pratique lui-même, par des finalités naturelles.

L’éthique aristotélicienne est très marquée par la notion de mesure. En d’autres termes, son éthique, toute comme sa politique et son économie sont tournées vers la recherche du Bien. Ainsi, Aristote affirme que la vie humaine implique l’exigence de se faire philosophe, c'est-à-dire d’aimer la science, ou plus précisément la sagesse.

En effet, la science utilise la démonstration comme instrument de la recherche. Selon Aristote, démontrer c’est montrer la nécessité interne qui gouverne les


choses. La science spéculative constitue la fin en soi de l’âme humaine et l’achèvement de la science. Aristote est le fondateur de la « philosophie première » qui consiste à rechercher les premières causes et les premiers principes de l’existence de l’univers. Sa question principale est : « ce qui signifie être ? ». La philosophie première a pour but de mettre l’unité dans le traitement général de la nature. La question problématique est : comment la diversité des êtres naturels en mouvement parvient-elle à s’unifier sous  un  principe  universel ?

De ce point de vue, Aristote a critiqué la théorie platonicienne des idées. Pour Aristote l’existence est la chose même. L’Ame est avant tout principe de l’activité vitale. La question est de savoir comment l’âme anime le corps ?

En réponse à cette question, Aristote a remarqué que la principale fonction de l’âme est la faculté de penser, c'est-à-dire l’âme intellective. Mais, cette fonction ne peut être saisie en dehors de son lien causal avec la vertu. Cette dernière  n’est que l’excellence dans l’accomplissement de la fonction intellective. Selon Aristote, la vertu consiste alors avant tout à éviter les excès et les défauts. Autrement dit, la vertu consiste dans le bon usage de la raison.

En psychologie, Aristote considère l’âme comme puissance cachée qui donne la vie et produit l’organisation.

 

 

o   Le réalisme d’Aristote

 

Le réalisme se définit comme visée du réel. Le souci majeur que porte Aristote est de ramener la philosophie du ciel sur la terre parce qu’il refuse de voir le réel dans un monde idéal séparé. Aristote veut lire l’essence dans ce monde.

Le souci du réalisme est chez Aristote poussée à l’extrême et semble annoncer les méthodes des écoles scandinaves et des réalistes pragmatiques américains.


Cela veut dire qu’une théorie ne se construit pas dans l’abstrait mais à partir de l’observation de la diversité de la réalité.

Aristote a appliqué une méthode expérimentale aux problèmes politiques. En d’autres termes, il faut partir des données complexes des réalités sociales pour s’élever par induction aux éléments indécomposables dont elles dépendent.

Ainsi, Aristote préfère une approche réaliste et pragmatique qui préfigure les approches sociologiques. Pour Aristote, il existe quatre types de causes permettant de connaître et de comprendre la production de la réalité :

1-           La cause matérielle : ce dont une chose est faite.

2-           La cause formelle : modèle et forme immanentes aux choses. 3- La cause efficiente : le moteur de l’action ou l’argent.

4- La cause finale : la raison ou la fin.

 

Malgré l’existence de ces types de cause, Aristote a considéré Dieu comme le premier moteur qui représente la cause de tout changement dans le monde. On peut le comprendre comme un vivant éternel et absolument parfait.

Le monde n’a pas de commencement et n’aura pas de fin. Son mouvement est éternel. Pour être expliquées, les causes ont besoin d’un principe supérieur, c’est Dieu. Il en résulte que la divinité ne serait possible en dehors de l’objet de sa contemplation.

Aristote constate que l’acte propre à l’homme est la pensée. Son souverain consistera dans la contemplation de l’intelligible, dans la pensée de la pensée. Le bonheur est essentiellement dans une activité de la raison, consistant dans la contemplation.


 

 

o   Le caractère naturel de l’Etat

 

Contrairement à Platon, Aristote ne conçoit pas l’Etat idéal mais plutôt les conditions de possibilité de l’Etat.

Pour Aristote, la cité (Etat) fait partie des choses naturelles, et que l'homme est par nature un animal politique. L'Etat se forme à partir d'une suite de communautés :

-                   À l'origine, communauté de deux personnes (homme / femme, père / enfant, maître / serviteur).

-                   Ensemble, ils constituent la famille.

-                   Les familles constituent des villages.

-                   Les villages constituent la polis c'est-à-dire la Cité, l'Etat.

 

Selon Aristote, le but de l'Etat est l'accomplissement éthique des citoyens. La cité/Etat existe ainsi en vue non seulement du vivre ensemble mais du « bien vivre. Les gouvernements sont nécessairement bons quand ils visent l’intérêt commun. L’Etat est par essence une association pour « bien vivre », non seulement au niveau matériel, mais également sur le plan moral.

Menouni a bien expliqué la nature de l’Etat aristotélicien quand il a associé la constitution de ce dernier à une condition morale que la cité  se l’approprie  grâce à la faculté naturelle de l’individu d’exprimer par la parole, l’utile et le nuisible, le bien et le mal, le juste et l’injuste. C’est la communauté de ces sentiments qui achève d’engendrer la Cité.

A la lumière de ces explications, on peut saisir la portée analytique de l’affirmation aristotélicienne selon laquelle aucune séparation n’est envisageable entre la vie politique et la vie éthique, parce que les deux sont indissociables de toute l’activité humaine. La Cité est le lieu privilégié où chaque homme peut


atteindre un niveau supérieur d’humanité grâce à la double dimension politique et morale de la vie commune.

 

 

o   La place de la constitution dans la philosophie aristotélicienne

 

La constitution des athéniens est une œuvre antique attribuée à Aristote. Elle est le fondement d’un régime politique, ce qui allait faire du droit constitutionnel un droit avant tout politique. Elle est conçue comme la norme suprême garante de l’Etat de droit.

Pour Aristote, la constitution n’est que la base légale d’un régime politique qui prendra réellement son caractère par la pratique. La constitution est caractéristique d’un Etat de droit parce qu’il faut préférer la souveraineté de la loi à celle des citoyens. Une constitution est excellente si elle assure le bonheur des citoyens et si elle est capable de durer. Il doit y avoir une forme de constitution adaptée à la majorité des gens, plus facile et plus communément réalisable.

Il existe trois types de constitutions :

 

1-           Royauté : le pouvoir est exercé par un seul. Sa forme déviante est la tyrannie.

2-           Aristocratie : gouvernement des « meilleurs » citoyens ayant en vue l’intérêt général. La forme déviante est l’oligarchie.

3-           Gouvernement constitutionnel (politeia) où la République, qui est une forme de gouvernement, allie la citoyenneté au mode d’organisation de la cité. Sa forme déviante est la démagogie. Le gouvernement constitutionnel (République) consiste dans le gouvernement d’un grand nombre et elle dégénère en démocratie si la majorité commande irrationnellement les affaires publiques.


Pour Aristote, le meilleur régime est mixte. Il est une sorte de combinaison équilibrée de la démocratie et de l’aristocratie. Aristote plaide pour une constitution qui doit être capable de satisfaire tous les intérêts. Une meilleure constitution doit garantir la qualité des magistrats et des fonctionnaires qui sont les garants d’une vie pacifique et régulière.

La meilleure communauté politique est celle qui est constituée par une classe moyenne assez nombreuse, car cela permet d’éviter les dérives qui sont la tyrannie ou la démagogie.

Dans ‘’La politique’’, Aristote a tenté de classer empiriquement  les  multiples constitutions qu’il a recensées et de les juger d’un point de vue moral. Pour ce faire, il distingue celles qui ont pour but la justice, c'est-à-dire l’intérêt commun, et celles qui n’ont en vue que l’intérêt personnel des gouvernants. Ainsi, la royauté, l’aristocratie et la politeia (le gouvernement constitutionnel ou république) sont des formes « correctes » (elles poursuivent le bien commun). Les déviations sont la tyrannie, l'oligarchie et la démocratie : « La tyrannie est une monarchie qui vise l'avantage du monarque, l'oligarchie, celui des gens aisés, la démocratie vise l'avantage des gens modestes. ».

L’équilibre entre l’efficacité des moyens et la qualité morale des fins est la règle majeure qui détermine le fonctionnement de ce régime mixte. D’autant que c’est la vertu morale qui donne à la raison son orientation droite.

Mais dans une bonne constitution, selon Aristote, les artisans sont exclus de la citoyenneté car ils sont trop occupés à gagner leur vie. La citoyenneté est héréditaire.


o     Citoyenneté et cité

 

Aristote estime qu’on ne doit pas élever au rang de citoyens tous les individus dont l’Etat a cependant nécessairement besoin : les artisans, les esclaves et les métèques. Il importe de rappeler qu’Aristote est un métèque et cette prise de position à l’égard de ces classes demeure incompréhensible.

Le citoyen est celui qui peut exercer les fonctions de magistrat. Il en va que le pouvoir politique est exercé par des gens libres car il existe la vertu de commandement et aussi la vertu d’obéissance chez les hommes libres.

Aristote a reconnu la nécessité des esclaves comme instruments de production. La supériorité et l’infériorité naturelle font les maîtres et les esclaves. C’est ainsi que l’esclavage naturel est nécessaire, juste et utile. Pour Aristote, la justice devrait être distributive en fonction de la contribution, chacun va contribuer au bien-être de la cité.

Les citoyens et les exclus de la citoyenneté constituent les membres d’une cité qui est une communauté capable de vivre en autarcie, c'est-à-dire en autosuffisance. Aristote rejette déjà l’idée de Platon qui voyait la cité comme une grande famille. Pour Aristote, la cité ne sera plus une, car elle a dans la nature d’être une certaine sorte de multiplicité. Ainsi, il faut rechercher l’unité dans la diversité, notamment par l’éducation publique obligatoire et une bonne organisation spatiale. Il en résulte que le territoire doit être divisé en deux portions : l’une au public, l’autre aux particuliers.

Aristote aime l’égalité géométrique qui consolide l’égalité pour ceux qui sont déjà égaux mais sans attribuer une égalité à ceux qui ne sont pas égaux. La richesse est la source de la liberté et également une garantie de moralité, c'est-à- dire il est riche, le magistrat qui ne recherche que l’honneur.


Aristote a proposé d’établir un cens civique qui est un degré de richesse minimale pour obtenir les droits politiques. Dans la République, (Politea) le corps civique doit être formé par des paysans propriétaires libres. Ils sont  retenus par leur travail et élisent des magistrats qui gouvernent la cité.

Cens : est le seuil d’imposition qui conditionne le droit pour un citoyen d’être électeur (comme cens électoral) ou d’être éligible.

Dans la cité athénienne, l’action et la parole se déploient notamment entre des hommes libres. Ces éléments correspondent à une façon d’apparaitre publiquement, de se dévoiler et de s’imposer. Le sens de la vie politique, c'est-à- dire la vie de la polis est interprétée à la lumière de cette conception de l’action politique ou publique. La cité est une association entre des hommes libres pour jouir d’une vie parfaitement heureuse et indépendante. La parole permet de débattre des valeurs de la communauté. Ce qui constitue l’enjeu fondamental de ce que nous appelons l’activité politique. Il s’ensuit que la parole est aussi d’essence politique et réciproquement la politique est d’essence langagière ou dialogique. De ce point de vue, l’espace politique ou l’agora est le lieu où chacun peut exprimer sa conception de l’utilité, du bien, du juste. Il s’agit également d’un espace de débat au moyen duquel les citoyens peuvent réaliser les accords nécessaires à la vie en commun.


 

 

 

 

 

Rome

 

Les grecs étaient avant tout des intellectuels qui s’intéressent aux sciences et à l’histoire. Quant aux romains, ils avaient l’esprit pratique des conquérants ou bâtisseurs.

La Rome antique constitue à la fois la ville de Rome et l’Etat qu’elle fonde dans l’antiquité. Rome est le résultat de la lente agrégation de peuples cousins et voisins, tantôt ennemis tantôt alliés commerciaux. La période romaine est marquée par la disparition du modèle grec des cités et le rétablissement d’un système politique qui allait prendre le contrôle de l’ensemble de la Méditerrané. Olivier Nay a constaté que les trois « guerres puniques » ont constitué un tournant décisif : il a évoqué à cet égard les victoires remportées, contre la grande rivale, qui ont ouvert l’ère de l’impérialisme militaire de Rome.

Cependant, le modèle institutionnel romain demeure marqué par les fortes tensions qui ont opposé, d’un côté les patriciens qui représentent les grandes familles et contrôlent les principales magistratures (par exemple : les fonctions des deux consuls qui détiennent le pouvoir exécutif). Le patricien appartient par sa naissance à la classe supérieure ancienne et traditionnelle et par ce rang détient diverses prérogatives politique et religieuse. La classe des patriciens se distingue à Rome du reste de la population dite plébéienne.

De l’autre, les « plébéiens », c'est-à-dire celui qui appartient à la « plèbe », à la masse populaire. Les « plébéiens » sont des citoyens de « seconde classe » qui  se définit par opposition aux patriciens.

Les patriciens ont élaboré une constitution républicaine qui fait d’eux la source du pouvoir politique et sur cette base le système de patriciat devient de plus en


plus fermé sur lui-même. Cette réalité allait produire chez les plébéiens une frustration et aussi une ambition politique de renverser ce système de patriciat.

Il importe de rappeler à cet égard que le soulèvement des plébéiens est explicable également par les difficultés économiques qui s’accumulent et le poids socio-économique des guerres constamment menées par Rome.  En 944 av. J-C, c’est la gravité du problème des dettes qui sont à l’origine de la révolte de la « plèbe » contre les patriciens, et de sa sécession.

En fait, les sécessions de la plèbe traduisent le mécontentement de cette classe, ainsi que les modes informels d’exercice du pouvoir par les dominés. Ces sécessions sont comparables à une grève.

Il importe aussi de rappeler le rôle qu’avaient joué les tribuns de la plèbe (c'est- à-dire les représentants) dans la formation de la conscience politique de cette classe. Les tribuns de la plèbe sont nés de la lutte contre l’hégémonie politique  et économique des patriciens. Ils ont obligé les patriciens à reconnaitre les droits de la classe « plèbe ». Les lois Valeriæ Horatiæ ont reconnu l’inviolabilité des tribuns de la plèbe.

La lutte des plébéiens a donné lieu à des résultats politiques considérables :

 

-  les plébéiens ont désormais le droit d’élire leurs propres magistrats, l’adoption d’un code de lois écrites (Loi des XII Tables) qui a reconnu l’égalité devant la loi et par cette loi des assemblées populaires sont fondées.

-  accession progressive aux différentes magistratures, pouvoir de voter des lois (les plébiscites), etc.


 

 

 

 

o    La citoyenneté romaine

 

La citoyenneté romaine est réservée aux hommes libres inscrits dans les tribus, c'est-à-dire une institution archaïque de la Rome antique. Elles furent créées pour regrouper les citoyens en fonction de leur domicile urbain ou rural.

La citoyenneté est accordée à tous les hommes libres de l’empire romain, mais l’extension de la citoyenneté fut un puissant vecteur d’attraction de la Rome antique.

Les citoyens jouissent de plusieurs droits comme :

 

-  Jus suffrage : le droit de vote. On remarque que le vote s’arrête lorsqu’une majorité est atteinte.

-  Jus militaire : le droit de s’incorporer dans la légion romaine.

-  Jus census : le droit de propriété.

-  Jus honorum (droit d’être élu magistrat) est restreint aux plus riches.

 

L’exercice du vote se réalise selon le découpage électoral des comices tributes.

 

De plus, seuls les citoyens des classes les plus riches peuvent être incorporés dans la légion jusqu’à la réforme de Caius Marius qui leva cette restriction.

Caius Marius était un général et homme d’Etat romain. Il est connu pour avoir fondamentalement réformée l’armée romaine en permettant le recrutement des citoyens qui n’étaient pas propriétaires terriens.

Olivier Nay a remarqué que l’idée de citoyenneté romaine demeure néanmoins profondément ambiguë, car dans les faits de nombreux citoyens ne disposent  pas de la liberté proclamée. Les institutions républicaines conservent des traits aristocratiques. Elles accordent l’essentiel des pouvoirs de commandement aux


grandes familles, aux riches et aux hommes les plus méritants. Le rang social, la fortune et la vertu déterminent ainsi largement la distribution des charges politiques.

Ø Les femmes romaines :

 

Etre citoyenne romaine, c’est donc pouvoir être mère et épouse de citoyen mâle. Les femmes romaines disposent d’un certain nombre de droits comme :

-         Leur témoignage est recevable devant un tribunal ;

-         elles peuvent hériter à part entière ;

-         les femmes aisées sont dispensées de tout travail domestique ou agricole, excepté filer la laine et élever les enfants.

Malgré ces avantages accordés à la femme, celle-ci est politiquement mineure et exclue de la plupart des droits politiques.

Ø Les affranchis citoyens

 

Les esclaves libérés par leurs maîtres sont appelés les affranchis. Ces derniers n’ont pas le droit de vote. Ils ont juste le droit de commercium et le droit d’action en justice, mais leurs enfants sont considérés comme ingénu, c'est-à- dire citoyen de plein droit.

o    Qui exerce le pouvoir politique ?

 

Le pouvoir politique est exercé par les magistrats qui s’occupent des finances et sont aussi responsables de l’approvisionnement des villes et de l’armée.

Tous ces postes relèvent de la compétence des patriciens (riches) qui n’avaient pas besoin de travailler pour s’assurer un revenu. Les patriciens sont considérés comme des magistrats qui agissent au nom du peuple et du sénat. Les comices qui sont une assemblée de citoyens, sont chargés de voter les lois et de nommer les magistrats.


Quant au sénat, il est formé d’anciens magistrats. Sa mission est de contrôler les finances de l’Etat et décider de la paix et de la guerre.

Il importe de rappeler que dans les premiers temps de la civilisation romaine, les rois étaient les maîtres des règles. Le roi était dépositaire du pouvoir politique. Il était le chef de l’armée et possédait un droit de veto sur le sénat dont il nommait les membres. Il était aussi chef de la religion et entouré d’un conseil privé et aussi une administration impériale dirigée par des hauts fonctionnaires dépendants de lui.

Ø Les comices

 

La vie politique à Rome est réservée à 270.000 citoyens, c'est-à-dire aux hommes, nés de père citoyen. Ces citoyens seuls peuvent siéger aux comices qui représentent le pouvoir législatif.

Les comices représentent également la volonté du peuple romain dans certains domaines comme : les domaines judiciaires et législatifs. Elles rassemblent tous les citoyens romains, mais chaque comice est différente de l’autre du fait de la particularité de son fonctionnement, sa composition et aussi ses compétences.

§  Les diverses comices

1-           Les comices curiates : sont les plus anciennes. Elles se tiennent en forum, centre politique de la cité.

2-           Les comices centuriates : ont lieu en dehors de la ville. Elles regroupent les citoyens en armes

3-           Les comices tributes : réservées à la plèbe.

 

 

Ø Les magistrats

 

En ce qui a trait aux magistrats, ils détiennent le pouvoir exécutif. Ce sont eux qui gèrent la cité. Les magistrats républicains romains détiennent certains


pouvoirs constitutionnels qui comprennent : le commandement (impérium), un droit de contraintes (coercito). Mais, le commandement est le pouvoir le plus important car il donne au magistrat l’autorité constitutionnelle nécessaire pour commander dans certains domaines stratégiques : militaires, diplomatiques et civils.

Parmi les magistrats les plus influents : les consuls, notamment les deux consuls qui sont les chefs de la république. Ils convoquent les comices et le sénat et dirigent aussi les affaires civiles et l’armée. Les deux consuls ont l’impérium, c'est-à-dire le pouvoir de commander les citoyens.

Ø Le sénat

 

Il est le gardien respecté de la tradition romaine. Il représente le pouvoir consultatif et décisionnel. La décision du sénat s’appelle sénatus-consulte. Ses membres donnent des conseils et émettent leurs avis aux magistrats élus.

Si la république est menacée, le sénat pourrait ordonner la suspension de toutes les magistratures, c’est pour sauver la république. Le sénat peut aussi intervenir dans la politique étrangère : il reçoit les ambassadeurs et les délégations des Etats étrangers et décide de l’envoi d’ambassadeurs romains à l’étranger.

 

 

v Cicéron (106 – 43 av. J.C) :

 

Cicéron est un citoyen romain issu de la bourgeoisie italienne. Pour Olivier Nay, Cicéron est également l’un des plus illustres figures de la pensée politique romaine. Profondément humaniste, accordant une place essentielle à la morale, sa réflexion est aussi l’un des plus belles expressions de l’esprit juridique et du souci d’universalité qui dominent les débats politiques sous la République. C’est par la force de sa philosophie et de ses convictions politiques que Cicéron s’est imposé comme l’un des premiers intellectuels de la République romaine. Sa


démarche scientifique se caractérise par une tendance intellectuelle à exalter les expériences historiques, à en faire des repères pour l’avenir.

Comme l’a bien noté Thomas Guard, Cicéron, par sa participation aux affaires publiques de la République finissante, placé aux plus hautes charges, est un homme d’action. Il attire à de multiples reprises l’attention du lecteur sur la nécessité d’inventer une historiographie latine et affirme être en mesure d’assumer cette tâche.

Dans son livre (De la république, livre I), il a exposé son point de vue quant à la raison d’être d’un Etat et plus particulièrement à la raison d’être d’une république. A l’instar de Platon, Cicéron exige que l’homme d’Etat soit sage. Pour diriger la cité, les gouvernants doivent aussi avoir une expérience concrète du pouvoir et maîtriser tous les savoirs relatifs aux lois, aux constitutions, aux ressources publiques, à l’administration et à l’organisation des armées.

Le premier problème que se pose, en effet, Cicéron est celui de la culture et l’idéal et également celui d’un savoir à la fois universel et approfondi. Il a concilié les exigences de la pratique politique et les résultats de la spéculation philosophique. Pour Cicéron, la philosophie est une médecine de l’âme.

Il a recommandé d’éduquer tout homme pour obtenir un personnage politique parce que, selon lui, l’homme d’Etat est un éducateur qui doit lui-même recevoir une formation universelle.

La pensée de Cicéron revêt une importance considérable dans la mesure où il était le premier à tenter de concilier les exigences de la pratique politique et les résultats de la spéculation philosophique. A l’âge de 30 ans, Cicéron s’est lancé dans la politique. Il était élu questeur (magistrat en charge du Trésor public) en Sicile. Lors de son parcours politique, Cicéron a entrepris de fournir à son pouvoir un fondement moral et un programme politique qui repose sur la notion de consensus. Parce que sans consensus, il n’est pas possible de voir l’action


politique couronnée de succès. Pöschl Viktor remarque que, suivant Cicéron, le consensus s’exprime dans le jeu équilibré des trois éléments constitutifs de la constitution mixte : la magistrature, le sénat et le peuple. A l’instar de Platon, Cicéron demande aux hommes politiques de ne jamais prendre une décision en ne tenant compte que d’un groupe déterminé, mais de toujours considérer l’ensemble.

Dans un discours, Cicéron a exposé sa pensée profonde : « aucun ordre démocratique ne peut survivre sans une certaine mesure de communauté. Celle- ci peut s’exprimer sous forme de consensus sur le fond ou formellement sous forme de respect, voire d’amitié entre les membres des différents partis. Tout cela est de nécessité vitale pour notre Parlement. Sinon le Parlement n’aurait pas de dignité démocratique ».

Cicéron a souhaité un consensus, c'est-à-dire le rassemblement de tous qui, quelle que soit leur origine social, s’accordent sur certains principes modérés. Il s’ensuit que le meilleur modèle de constitution est la constitution mixte qui offre à la fois des traits monarchiques, aristocratiques et démocratiques. Il a plaidé pour une entraide équilibrée parce que la concorde entre citoyens est le fruit d’une attitude active faite de compensation où l’équilibre est présent. Selon Cicéron, la personne humaine, située au centre d’un réseau social, doit se comporter en apportant à chacun ce qui lui est dû. La pensée de Cicéron s’est inspirée de Platon et du Stoïcisme.

Le stoïcisme est un courant philosophique grec dont la finalité est le bonheur individuel. Ce dernier repose aussi sur l’acceptation de ce qui ne dépend pas de nous. Partant du postulat « ce qui trouble les hommes ce ne sont pas les choses

Le projet politique de Cicéron fondé sur le consensus et l’équilibre est subtil : il a pour but de réaliser l’équilibre entre la vertu, la richesse et le nombre. Selon


les analyses de Menouni, Cicéron en effet, semble indiquer que la Constitution mixte vise à intégrer en un seul régime, des composants monarchiques, aristocratiques et démocratiques. L’unité ainsi obtenue est renforcée par la prédominance de la classe moyenne. Celle-ci assure la stabilité du  gouvernement et représente le « juste milieu », remède à tous les excès.

Cicéron recherche dans le régime mixte la meilleure manière de diriger la cité. Ce régime le plus proche de l’équilibre idéal qui implique que les gouvernants gouvernent dans l’intérêt des gouvernés. Le souci majeur que porte Cicéron est de fonder un Etat régi par le droit. D’autant qu’il conçoit la République comme une isonomie (égalité juridique et politique des citoyens). Selon Olivier Nay, la République doit promouvoir une répartition « équilibrée » des droits et des devoirs, qui sanctionnent à la fois des individus et protègent les droits des gouvernés. Il s’agit, d’un côté, de reconnaître les différences d’aptitude et de rang mais aussi, de respecter l’égalité formelle des droits civiques.

Il s’ensuit que Cicéron a établi un lien causal entre l’égalité et la liberté. Selon cet auteur, elles vont de pair car si les gens sont égaux, ils seront aussi libres.  On voit toujours les gens se diriger vers un état de liberté quand ils s’opposent et pas inversement. C’est ainsi qu’il a plaidé pour la liberté qui permet au peuple de gérer la cité contre les riches au lieu de s’empresser de céder. C’est la dynamique du peuple qui sous-tend le commandement de la cité par le peuple.

Il a critiqué les sénateurs qui ont fait passer leurs intérêts avant ceux de la cité. Ils ont créé de l’instabilité. Pour Cicéron, le droit et la justice sont le gage de la paix et de la bonne marche de la cité. Celle-ci est une association de droit des citoyens autour d’une communauté d’intérêts.


 

 

v Polybe (probablement 208 – 126 av. J.C) :

 

Il est d’origine grecque, à 16 ans pris en otage par les romains lorsqu’ils font la conquête de la Grèce. Il fit une étude approfondie de la politique et l’Etat militaire. Il a admiré le modèle de Sparte, et s’est consacré à l’étude des bouleversements de son temps car il était animé par le souci de comprendre l’efficacité des mécanismes de la conquête et les conditions de l’hégémonie romaine.

Pour Marie-Rose Guelfucci, C’est en homme d’État devenu pour l’essentiel observateur actif et historien qu’il donne, sur le mode platonicien et après une référence homérique aux voyages d’Ulysse, sa définition du seul historien capable selon lui d’écrire l’histoire, l’homme qui a une expérience de l’action (XII, 28, 2-5), et il est le premier à avoir cette exigence. Il n’y détermine pas seulement des compétences, mais pose très précisément le problème de la relation particulière et nécessaire à ses yeux entre action politique, enquête historique et écriture de l’histoire.

Polybe est devenu observateur actif et historien. Il allait poser très précisément le problème de la relation particulière et nécessaire entre action politique, enquête historique et écriture de l’histoire. Selon Polype « Platon affirme que  les affaires humaines n’iront bien que quand les philosophes seront rois ou les rois seront philosophes, je dirais (Polype) volontiers, moi aussi, que les affaires de l’histoire n’iront bien que si les hommes d’Etat se  mettent  à  écrire  l’histoire ».

Dans cette perspective, l’histoire est destinée à « comprendre (et) grâce à quel type de régime, Rome a conquis en moins de 53 ans l’hégémonie sur le monde habité ». Polype cherche la clé de la supériorité romaine et la grande question à laquelle il a essayé de répondre est : « comment et grâce à quelle forme de


gouvernement l’Etat romain a réussi à dominer la terre entière en si peu de temps ? Quel est le secret de cette supériorité ? ».

Polype explique l’hégémonie romaine par le but de conserver ce qu’elle possède ou de préserver son indépendance. Il en va de même que cette hégémonie nourrit chez les romains des ambitions plus vastes. L’auteur pense que rien n’est plus beau et plus impressionnant que de commander beaucoup d’hommes, d’établir son pouvoir, son despotisme, sur beaucoup de gens, d’attirer sur elles tous les regards et de voir que le monde entier vient déférer à ses volontés.

Dans une remarquable analyse, l’éminent historien Paul Veyne, a décrit Polype comme le Thucydide de l’impérialisme romain et son génie théorique égale à celui de l’historien athénien. Il explique les étapes de l’impérialisme romain par des changements de mentalité collective consécutifs à des augmentations en puissance.

Polype est l’héritier de Thucydide par son exigence de causalités rationnelles, c'est-à-dire la primauté accordée aux événements politiques et militaires.

Sa méthode historique se caractérise par :

 

-                                          La recherche de l’information.

 

-                                          L’esprit critique car, il ne suffit pas d’être témoin d’un fait pour être crédible. Encore faut-il être capable de comprendre la scène à laquelle on  assiste, ce qui suppose un minimum d’expériences tantôt politiques, tantôt militaires.

L’histoire des faits devient l’une des façons de se forger une expérience pour éviter de reproduire les erreurs du passé. Pour Polype, l’histoire ne se réduit cependant pas à une énumération de faits, même véridiques, il faut expliquer, montrer les liens entre les événements et surtout dégager les causes.


 

 

On pourrait dire également que Polybe n’a pas choisi le sujet de ses histoires, celui-ci s’est imposé à lui. L’auteur s’est trouvé face à un phénomène exceptionnel ; la conquête de presque tout le monde par les romains.

Pour Polype, ce sont les forces morales de Rome qui furent sa discipline militaire, son énergie et la continuité des vues du sénat. A cela, il faut ajouter aussi la logique préventive qui a obligé les romains à former leur empire sans le vouloir, par les moyens de guerres défensives. Ces dernières expliquent en grande partie l’impérialisme défensif adopté par les romains dans le but de répondre à une menace contre la sécurité de l’Etat.

Or, Polype s’est intéressé aux régimes mixtes, c’est comme Aristote, il estime que « l’efficacité, la force et la stabilité se trouvent dans la combinaison d’éléments compensateurs. Le meilleur gouvernement c’est celui qui combine les différentes formes pures de gouvernement ». Il a combiné monarchie, aristocratie et démocratie. Ainsi, il rejoint Aristote en estimant que le meilleur régime est obtenu à Sparte, également à Carthage mais surtout à Rome où il a cru trouver l’exemple parfait de régime mixte.

Ce régime mixte est réductible à une sorte de compensation mutuelle, une complémentarité et aussi un équilibre naturel et stable entre trois pouvoirs :

-                                          Les consuls : ont le pouvoir militaire absolu en dehors de Rome, ils ont un pouvoir d’application de toutes les lois. Sans eux, il ne se passe rien et ils ont autorité sur tous les autres magistrats. Si on regarde les pouvoirs du sénat, on a l’impression d’être devant une assemblée aristocratique.

-                                          Le sénat : ont le pouvoir militaire absolu en dehors de Rome, ils ont un pouvoir d’application de toutes les lois, sans eux ils ne se passent rien et ils ont


autorité sur tous les autres magistrats. Si on regarde les pouvoirs du sénat, on a l’impression d’être devant une assemblée aristocratique.

Il importe de rappeler que Montesquieu a repris cet équilibre pour nous expliquer qu’aucun des trois corps ne peut prédominer sur les autres. Le jeu de la tripartition permet, selon Montesquieu, de se débarrasser de si grands périls et faisait de si grandes choses. Selon Marie-Rose Guelfucci « Tous deux ( Polybe et Montesquieu) admettent, en effet, que l’équilibre politique doit compter avec les divisions et les intérêts contraires qui traversent le corps politique et ne peut donc être que paradoxal (Histoires VI, 18 et 18, 7-8 en particulier, Considérations IX). À la fin du chapitre IX des Considérations, Montesquieu, réfléchissant sur l’évolution des grandes puissances que sont Rome, Carthage, Athènes, les républiques italiennes, l’Angleterre, donne une loi générale qui exige l’effort : « En un mot, un gouvernement libre, c’est-à-dire toujours agité, ne saurait se maintenir, s’il n’est, par ses propres lois, capable de correction. » Plus important, c’est même dans ce jeu des forces et des structures de l’État  qu’il voit le signe de la vraie liberté politique, harmonisation de toutes les dissonances ».


 

 

- Bibliographie

-                   Edouard Will, Le Monde grec et l'Orient, Le Ve siècle (510-403), PUF, 1972.

-                   John Cooper, « Socrate et la philosophie comme manière de vivre », in

Etudes Platonicienne, n°/2007, p. 297-321

-                   Marie-Rose Guelfucci, « Polybe et Montesquieu : aspects d’une réflexion sur le pouvoir », in Anabases, n°4/2006, p. 125-139.

-                   Marie-Rose Guelfucci, « Polybe, le regard politique, la structure des Histoires et la construction du sens », in Cahiers des études anciennes, volume XLVII | 2010, p. 329-357.

-                   Paulin Ismard, L'événement Socrate, éditions Flamarion, Paris, 2017.

-                   Pöschl, Viktor, « Quelques principes fondamentaux de la politique de Cicéron », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Année 1987 131-2 pp. 340-350.

-                   Terence Marshall, « Leo Strauss, la philosophie et la science politique », in Revue française de science politique, Année 1985 35-4 pp. 605-638.

-                   Thomas Guard, « Cicéron : l’orateur, l’histoire et l’identité romaine », in

Cahiers des études anciennes, volume XLVI | 2009, p. 227-248

-                   Veyne Paul, « Y a-t-il eu un impérialisme romain ? », in Mélanges de l'école française de Rome, Année 1975 87-2 pp. 793-855.

-                   Yves Charbit, « La Cité platonicienne : histoire et utopie », in Population,

2002/2 (Vol. 57), p. 231 à 260.

-                   « L’exaltation du régime mixte par Polybe » publié par l’Université Paris Dauphine, Cf. site : https://www.studocu.com/fr/document/universite- paris-dauphine/histoire-des-idees/notes-de-cours/lexaltation-du-regime- mixte-par-polybe.


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